Couverture de En eaux troubles (Jon Turtletaub, 2018)
©Warner Bros

En eaux troubles (Jon Turtletaub, 2018) : la critique

Les monstres ne nous ont jamais vraiment quittés. Après avoir eu leurs heures de gloire il y a plusieurs décennies, ces derniers ont continué à cohabiter avec nous de façon plus discrète, confinés à des suites à rallonge avec comme seul choix de carrière envisageable le bac à promos de chez Auchan. Cependant, depuis la sortie de Pacific Rim en 2013, nos monstres semblent reprendre du poil de la bête, bénéficiant de budgets conséquents et mis en avant à la moindre occasion. Godzilla, Kong ou encore Rampage, ils sont de retour pour notre plus grand bonheur (dans le meilleur des cas), prêts à se foutre sur la gueule dans des combats cataclysmiques et ravageurs. Avec son face-à-face entre le plus célèbre des transporteurs Jason Statham et un putain de Mégalodon, En eaux troubles (The Meg en VO) aurait bien aimé rejoindre la troupe…s’il ne s’était pas pris les pieds dans le tapis géant déroulé pour l’occasion !

Bande-annonce

La critique de En eaux troubles par Alexandre

Ce n’est pas pour rien si, plus encore que les monstres traditionnels, les requins sont souvent associés à des plaisirs coupables, pour ne pas dire des navets. La saga Sharknado à elle seule pourrait éclipser tout le reste de la production télévisuelle par sa stupidité. Et pourtant, ça marche. Voyez-vous, hormis les Dents de la Mer et quelques autres (potentielles) exceptions, aucun film avec des requins n’effraie. Partant de ce constat, il n’y a qu’un seul autre choix possible : se la jouer Sharknado et faire n’importe quoi. Malheureusement pour lui, En eaux troubles ne fait aucun des deux. Au contraire, il nous sort le cocktail du blockbuster estival classique, sans jamais vraiment y mettre du sien.

Tout commence par une introduction extrêmement longue et premier degré. Relation père-fille et fille-mère sur fond de violon, trauma pour Statham, où est le fun ? Où est la déconne ? Où sont les scènes montrées dans la bande-annonce ? Dans la deuxième heure. Et oui, il faut se coltiner une heure d’exploration sous-marine et d’enjeux dramatiques (pour de vrai) avant d’entrer réellement dans le vif du sujet et découvrir ce que nous vend l’affiche : le duel, mano à aileron, entre Statham et le Meg. Dommage, même quand il choisir de démarrer, En eaux troubles se contente de naviguer au pas.

Au vu de cette deuxième heure un tantinet paresseuse, on se demande tout de même quelle était la volonté de Warner Bros avec ce film. Le potentiel du pitch est complètement sous-exploité, la production préférant se focaliser sur la caution chinoise imposée par les investisseurs, sans jamais dépasser ce stade de films de requins “family friendly”. Les quelques repas de la bête (il y en a très peu) se veulent beaucoup trop softs pour offrir le moindre frisson, là où un Piranha 3D s’adonnait joyeusement au gore et à la déconne ambiante. Bien sûr, jamais on n’aurait demandé à Jon Turteltaub d’aller aussi loin qu’Alexandre Aja, cela va de soi. Mais même pas un semblant de personnalité ? Une petite fulgurance ? Un simple flash de série B ? Non, rien de tout ça. Juste un film inoffensif de plus.

Alors que Rampage se laissait regarder avec les yeux ébahis d’un enfant de 5 ans, En eaux troubles décide de voguer sur une mer d’huile. Prise de risque minimale pour un retour sur investissement maximal, le film de Turteltaub applique parfaitement la recette du succès de fin d’été tout en oubliant d’y insuffler l’essentiel : une pointe de fun. Ne restent que quelques secondes divines durant lesquelles Statham et le Mégalodon se retrouvent oeil contre oeil. C’est largement insuffisant pour vous encourager à découvrir ces eaux troubles qui, soyons cabotin, sont très loin de faire des vagues.

Toutes les images appartiennent à ©Warner Bros.

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