Dogman (Matteo Garrone, 2018), couverture

Dogman (Matteo Garrone, 2018) : la critique

Un sujet semble être à la mode du cinéma d’auteur cette année : la cause canine. Samuel Benchetrit signait une charge sordide en compagnie de Vincent Macaigne dans Chien en mars dernier tandis que Wes Anderson suivait un groupe de chiens condamnés à vivre sur une île d’ordures dans L’île aux chiens. Cette fois-ci, c’est du côté de l’Italie que cette action se poursuit métaphoriquement avec Dogman, nouvelle provocation inutile de Matteo Garrone.

Bande-annonce VOST

La critique de Dogman, par Victor

Qu’est-ce qui cloche dans le cinéma de Matteo Garrone pour que l’on ressorte toujours agacé des projections de ses films ? Tale of Tales, son précédent long-métrage sorti il y a trois ans, aurait pu être une remarquable anthologie parabolique sur notre société contemporaine par le registre du conte ; il est devenu à la place un vague festival de mauvais goût et de plans chocs stylisés pour faire paraître un semblant d’esthétisme. Un semblant d’esthétisme qu’on compare régulièrement à un autre sale gosse du nouveau cinéma italien : Paolo Sorrentino. Mais là où les fulgurances cinématographiques apportaient un effet vertigineux et démesuré quant à la société mondaine et christique que Sorrentino dépeint constamment (il suffit de voir l’introduction de Il Divo, où la folie corrompue et meurtrière du gouvernement Andreotti se montrait frénétiquement comme un clip sur le morceau culte Toop toop de Cassius), Matteo Garrone, quant à lui, n’a pas le besoin d’avoir uniquement une mise-en-scène grotesque : son scénario l’est déjà tout autant.

Dogman, un titre qui résume à lui seul la non-subtilité de ce film. On suit l’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens aimé du quartier le jour ; petit dealer la nuit. Mais surtout, un petit homme malmené par Simone, caïd du quartier tout juste sorti de prison. Celui-ci embarque notre héros tragique dans une descente aux enfers hors-norme sans aucune pitié. Une spirale qui laisse indifférent tant le parallèle amené dans le film amène un schéma prévisible. On a compris que Marcello passe son temps avec ses chiens car il aime dominer et refoule par conséquent sa propre condition de toutou face à un maître faisant le double de sa taille, inutile d’en faire un long-métrage d’1h42 ! Garrone étire cette histoire, peut-être plus adaptée au format court-métrage, à n’en plus finir dans un tourbillon de violence inouï qui ne fait ni chaud ni froid dans ses effets tant tout semble être déjà programmé.

Chaque action menée par Marcello laisse une conséquence douloureuse que le spectateur devine déjà une fois que l’on a compris le dispositif du Dogman : Marcello est content de retrouver son maître, son maître l’emmène n’importe où quitte à commettre divers crimes, Marcello aboie et refuse certaines choses, se fait maltraiter et le cycle recommence éternellement jusqu’à un final assommant dans sa complaisance tortueuse. Le film ne raconte que ce constat assez sordide sans rien en faire d’autres, offrant peut-être quelques fulgurances d’humanité grâce à son comédien principal, récompensé à Cannes en Mai dernier, qui a pu séduire un grand nombre de spectateur pour son naturel ahurissant. Cependant, il est difficile d’être touché par son personnage principal, subissant pourtant des choses cruelles, tant comme on l’a dit précédemment, sa fonction de punching-ball ambulant exaspère.

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C’est donc ça le problème de Matteo Garrone : son manque de nuances ! Ses paraboles vulgaires pourraient être plus intéressantes si un soupçon de complexité s’ajoutait à l’addition. Car l’évidence ambiante de Dogman ennuie plus qu’elle ne fascine, en raison d’une absence totale de surprise et d’empathie. Un film dont la violence aboie plus dans le vent qu’elle ne mord réellement.

Pour aller plus loin (par Alexandre)

Comme le dit si bien Victor dans son introduction, la cause canine (ou animale par extension) est un sujet récurrent depuis quelques temps. Plutôt que de vous infliger Dogman, pourquoi ne pas partir sur un excellent Okja de Bong Joon-ho (salué à Cannes en 2017) ou, si on remonte un peu plus loin, le génial White God de Kornél Mundruczó ? Ce dernier m’avait particulièrement secoué à sa sortie il y a bientôt 4 ans !

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