Un couteau dans le coeur (Yann Gonzalez, 2018), couverture

Un couteau dans le coeur (Yann Gonzalez, 2018) : la critique

Dans le Paris des années 70, Vanessa Paradis incarne une productrice de porno gay au cœur brisé qui, pour reconquérir son amoureuse perdue, entame le tournage le plus ambitieux de sa carrière. Son projet sera cependant mis à mal par tueur en série qui veut la peau du casting tout entier… Ça c’est du pitch, vous ne trouvez pas ? Outre le nombre absolument bandant de néons fluos dans la bande annonce, il parait d’autant plus que le réalisateur, Yann Gonzalez, avait signé il y a cinq ans Les Rencontre d’après-minuit, sorte de film-orgie avec Béatrice Dalle et Éric Cantona. Autant de raisons suffisantes pour nous convaincre d’aller voir Un Couteau dans le cœur… Et on a bien fait, tant le résultat est grandiose, poétique, orgasmique, déchirant.

Bande-annonce

La critique de Un couteau dans le cœur, par Amaury

Au cours d’une séquence d’introduction magistrale, tous les enjeux plastiques et dramatiques du long-métrage nous sont présentés via une habile narration alternée : on aperçoit tout d’abord de la pellicule celluloïd tranchée sur une table de montage. Parallèlement, un corps est ensuite déchiqueté au couteau par un tueur fétichiste, puis la scène se poursuit sur un cœur symboliquement transpercé par une rupture amoureuse. « Ça va couper », comme dirait l’autre. Il y aura du sang, que dis-je, du rouge, comme dirait un autre encore. Rouge comme la violence, comme la passion. Passion du cinéma évidemment, mais pas que…

Entre le slasher et la comédie, le mélo et le porno, Yann Gonzalez nous invite dans un voyage fantasmatique à la croisée des genres qui, dans la lignée des meilleurs (et des pires) giallos italiens, assume ses excès, sa gourmandise pulp et sa singularité baroque.

Erotisme et couleurs pétantes à tout va, musiques planantes de M83, dialogues sous champignons hallucinogènes… Un Couteau dans le cœur est une expérience purement sensorielle pour les spectateurs qui acceptent de s’y perdre. Si certains peuvent être rebuté par le kitsch débridé de la mise en scène, d’autres (comme nous) se laisseront happer au premier degré par la détresse sentimentale du personnage de Paradis, qu’on avait d’ailleurs rarement vu aussi bonne. Elle vampirise l’image, nous hypnotise, tout en laissant exister des seconds rôles réjouissants, notamment Nicolas Maury en réalisateur fantasque du Tueur homo, film dans le film dont chaque séquence de making of apporte une touche humoristique bienvenue.

9/10

On aurait pu citer moult et moult références à Dario Argento, à Brian De Palma ou bien d’autres encore… Mais nul besoin de toutes les reconnaître pour apprécier la proposition de Gonzalez qui, au-delà de ses influences, défend son identité propre de cinéaste underground avec une œuvre éblouissante, pleine d’audace et de lyrisme, à mille lieues de tout ce qu’on peut voir dans la production audiovisuelle française. Une merveille.

 

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