Critique ciné : Midnight Special, de Jeff Nichols

“Magistral”, “le renouveau de la science-fiction”, “l’héritier de Spielberg”, les qualificatifs ne manquaient pas pour décrire Midnight Special et son réalisateur Jeff Nichols. En tout cas, ils étaient suffisamment nombreux et élogieux pour me pousser à aller voir le film malgré quelques trailers pas bien emballants. Et si les citations des critiques font souvent dans l’exagération, on n’est peut-être pas si loin de la vérité. Nichols, vraiment le nouveau Spielberg ?

Midnight Special est grosso modo une course-poursuite de deux heures. On y suit Roy et son fils, poursuivis à travers le Sud des Etats-Unis par la police et une secte. Rien que ça. Pourquoi ? Disons que le garçon possède quelques propriétés un tantinet chelous qui lui permettent entre autres de créer des domes, de servir de lampe de poche et de deviner tout un tas de trucs comme ça, sans rien faire de particulier. C’est déjà pas mal. Ce qui est plaisant, c’est que le spectateur ne sait rien de ce qui s’est passé avant. Savoir d’où viennent les pouvoirs ? Non. Où les personnages vont alors ? Non plus. En gros, le spectateur est à peu près dans la même position que le FBI. Il en sait peu et va chercher à comprendre à quoi il a à faire. Cet aspect mystérieux est parfaitement entretenu pendant toute la durée du film, chaque révélation donne l’impression au spectateur de faire un pas en avant dans la compréhension du phénomène.

Pourtant, l’aspect science-fiction n’est que la partie visible de l’iceberg. Suivre un gosse avec des phares en guise d’yeux, c’est bien sympa, mais la SF n’a vraiment d’intérêt que lorsqu’elle traite d’un sujet intéressant (c’est pour ça que Dredd c’est cool mais que Transformers n’intéresse personne). Par exemple, dans District 9, Blomkamp utilise les aliens pour parler de l’Apartheid. Interstellar parle d’environnement (entre autres), Elysium et Time Out de clivage dans la société, etc. Ici, Jeff Nichols souhaite parler d’un sujet bien plus intimiste, d’une peur plus précisément, celle pour un père de perdre son enfant. La paternité, c’était déjà le sujet de ses deux premiers films, Take Shelter et Mud. Inutile de préciser que le réalisateur maîtrise complètement ce thème et qu’on ressent vivement les émotions qui traversent l’esprit de Roy, incarné à la perfection par un Michael Shannon toujours au top. Bien évidemment, le film parle de beaucoup d’autres choses (la foi, la différence, le Sud américain, forcéent) mais c’est ce qui ressort avant tout.

Si ce sujet aurait pu être traité de manière assez molle dans n’importe quel autre film indépendant, Jeff Nichols a fait le choix de rendre son Midnight Special assez tendu. La musique est excellente, poignante et intense et participe énormément à la nervosité du film. Il y a peu d’action mais chaque scène apporte son lot de tension et de stress, sans que cela ne dénote avec l’aspect dramatique du reste du film.

Midnight Special nous embarque sans nous relâcher pendant deux heures. Tour à tour émouvant, nerveux, intriguant, optimiste, il vient compléter avec brio la filmographie quasi-parfaite de Jeff Nichols. S’il n’est pas l’héritier de Spielberg, il a au moins le mérite d’instiller de l’ambition dans le cinéma indépendant américain et d’affirmer son style. On lui souhaite de continuer une bonne route !