Critiqué ciné : The Witch, de Robert Eggers

Chaque année, des dizaines de films d’horreur sortent. Littéralement, des dizaines. Sauf qu’en règle générale, 95% de ces films sont des purges et un seul parvient à atteindre l’excellence. En 2015, c’est It Follows qui avait remporté ce prix haut la main. Avec une mise en scène léchée et une bande-son électrisante, le film de Mitchells avait accompli l’impossible : faire peur, pour de vrai. Ou en tout cas, me faire peur, et croyez-moi ce n’était pas gagné d’avance ! Cette année, le nouveau It Follows s’appelle The Witch. Correction : « aurait dû s’appeler The Witch ». Car s’il y a bien une chose à retirer de The Witch, c’est qu’il ne suffit pas de mettre des plans fixes et une musique bruyante pour effrayer les masses.

Résumé (pris sur le site de Universal)

Nouvelle-Angleterre, 1630: William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, essayant de cultiver un lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. Ils mènent une vie pieuse avec leurs cinq enfants, mais lorsque leur nouveau-né disparaît mystérieusement et que les récoltes sont soudainement gâchées, ils se dressent les uns contre les autres.

Ce que j’en pense de The Witch

Avant toute chose, sachez que The Witch n’est pas un film d’horreur. Peut-être un conte fantastique ou un drame familial ou même une comédie des Farrelly, mais certainement pas un film d’horreur. Il est malsain, certes. Glauque ? Un peu. Mais contrairement à ce que tous les trailers, affiches et autres critiques annonçaient, le film de Robert Eggers est loin, très loin d’être terrifiant. Pourtant il essaie tant bien que mal de l’être, en instaurant une ambiance particulièrement pesante dès les premières minutes. Ça, il le fait bien. D’ailleurs ici, point de jump scares inutiles, point de sursauts violents et ponctuels lorsque la musique s’arrête. Il faut avouer que le contexte rafraîchissant aide aussi, avec un souci du détail presque maladif. Les personnages s’expriment dans un vieil anglais et la reconstitution est soignée. Costumes, attitudes, vocabulaire, esthétique, ça change des mômes possédés qu’on envoie en pâture à l’Eglise et des serial killers immortels. The Witch embrasse la culture de la sorcellerie d’antan pour le plus grand bonheur des amateurs de dépaysement.

Hélas, triple hélas, ça ne prend pas. Jamais le film ne fait peur. Il ne s’y passe pas grand-chose. La famille emménage à côté d’une forêt, habitée par une sorcière (c’est dans le titre FFS). La forêt est mystérieuse, la menace est là-bas. C’est comme ça, c’est figé. Mais c’est du côté de la famille que les choses vont dégénérer, à vitesse grand V. Des gros plans sur des lapins, sur un bouc noir (tu le sens mon gros symbole ?), des enfants qui chantent, une musique assourdissante censée être effrayante. Autant d’éléments faits pour nous angoisser mais qui finissent par alourdir un film dont la sobriété était la principale force. The Witch joue tellement la carte de la peur « différente » qu’il en devient prévisible et paradoxalement de plus en plus éloigné de sa promesse initiale.

C’est bien dommage car il y avait là un vrai potentiel : une mise en scène posée, d’excellents acteurs, une superbe photographie. Hélas la forme ne suffit pas à relever un fond prometteur mais sous-exploité. Comme d’habitude, c’est un film sur le passage à l’âge adulte, la jeunesse, bla bla bla. Sur fond de religion. Je suppose que mon athéisme a été défavorable au film. Il y a une vraie distance qui s’est créée entre les personnages et moi en tant que spectateur à cause de cette différence majeure. Comment s’identifier à des personnages et avoir peur pour eux si leur caractéristique la plus mise en avant est leur dévouement sans faille à la religion ? Vous avez 4 heures.

The Witch est une déception, une énorme déception même. Si l’ambiance qu’il crée est remarquable, sa lenteur et sa tendance à ne rien montrer évacuent tout le sentiment de peur que la menace aurait pu créer. Afin de l’apprécier, il est peut-être préférable de s’isoler de toute la promotion qui entoure le film. De toute façon, avec une distribution pareille, vous n’êtes pas près de le voir, surtout au cinéma.

Détails

The WitchRéalisateur : Robert Eggers

Casting : Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie, Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson, Julian Richings, Bathsheba Garnett

Production : Universal

Date de sortie : 15 juin 2016

Budget : 1 million $

Le trailer en VOST

https://www.youtube.com/watch?v=8Kq6RylGjV4

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