Je ne comprends pas. Je suis abasourdi. Des mois et des mois de teasing et d’attente viennent de prendre fin avec la sortie de Suicide Squad. Le film de David Ayer avait une grosse mission, celle de « racheter » l’échec critique de Batman v Superman, considéré comme une bien piètre entrée dans le DCCU par une grande majorité de spectateurs et de journalistes. Il n’était pas envisageable que Suicide Squad se rate, surtout après la lourde, très lourde campagne de communication que tout le monde se farcit depuis des lustres, aussi bien en termes d’affiches que de trailers ou même de déclarations d’acteurs. Une campagne que l’on pourrait résumer à la récente déclaration pleine de poésie de David Ayer : « Fuck Marvel ». Non David, juste non. « Fuck you, David ».

Résumé du film

Une bande de méchants gentils super-héros vilains s’allie pour le pire (on a zappé le meilleur) et pour affronter un méchant générique qui ressemble à rien parce que DC n’a pas de vilains intéressants visiblement, le tout dans la joie, la bonne humeur, le mauvais goût et la misogynie.

Ce que je pense de cet échec monumental qu’est Suicide Squad

Par où commencer ? Suicide Squad est raté de A à Z, ou plutôt de la première à la dernière minute. On commence par une présentation de personnages qui se veut dynamique sur fond de morceaux pop connus pour la jouer cool et on termine dans un affrontement cliché entre les gentils méchants et le méchant méchant. Parce que Suicide Squad, contrairement à ce qu’il veut nous faire croire depuis son annonce, n’est rien de plus qu’un film de super-héros comme les autres, avec son déroulement archi-classique, son manque de surprise et ses personnages lisses, fades et mal écrits.

Vous espériez vous retrouver face à une bande de super-vilains ? Que nenni ! On dit d’eux qu’ils sont méchants, mais ne font rien qui permettent de le prouver. C’est un peu le syndrome Deadpool : plus vous répétez quelque chose, moins c’est efficace. Dans le film de la Fox, Deadpool rappelait régulièrement qu’on n’était pas face à un film de super-héros classique parce que blablabla, avant d’être rattrapé par…sa structure de films de super-héros classique, bingo. C’est un piège. Dans Suicide Squad, c’est pareil. « Ils sont méchants », « les pires des pires », « les méchants c’est nous », « on fait des trucs de méchants ». Stop. Arrêtez de parler. Montrez-le au lieu d’en parler. Bizarrement, quand il s’agit d’être un peu plus borderline, il n’y a plus personne. Deadshot devient un héros, El Diablo devient un héros, Killer Croc…on s’en fout de Killer Croc puisqu’il ne sert à rien. Et c’est pareil pour les autres. On n’est pas face à des méchants. On est face à des personnages dont on dit qu’ils sont méchants, alors qu’au final, ils sont aussi inoffensifs qu’un Captain America émoussé. On va en retirer une leçon : ne mentez pas à vos spectateurs.

Vient ensuite le couple Joker/Harley Quinn. Bon, on va se lâcher un peu là-dessus, il y a de quoi dire : Suicide Squad réussit l’exploit de foirer à la fois l’introduction du Joker ET le portrait de Harley Quinn. Pour le premier, c’est bien simple, Jared Leto est ridicule. On repense à ses fameuses déclarations d’immersion dans son rôle. Quel rôle ? Son Joker fait involontairement rire plutôt qu’autre chose. Il ne suffit pas de cabotiner pour devenir un psychopathe. En plus, on ne le voit que 10 minutes. Vu la performance, ce n’est finalement pas plus mal. Mais le pire est à venir avec Harley.

L’homme qui n’aimait pas les femmes

David Ayer a un réel problème avec les personnages féminins. Ici, Harley Quinn est un cul monté sur une paire de jambes. Rien de plus. Le nombre de plans complètement racoleurs juste faits pour faire bander les amateurs de Zenescope dépasse l’entendement. Et il n’y a pas qu’elle, le film est d’un machisme assez hallucinant. Ayer n’essaie jamais de cacher son côté beauf, jamais jamais jamais. Au contraire. On frappe les nanas (ce qui fait rire les spectateurs), on les drague, on leur dit qu’elles sont canons, on filme leur cul, on les refrappe (ce qui fait de nouveau rire les spectateurs). Qu’est-ce qui se passe ?! On répondra sûrement « Ouais mais ça vient des personnages, c’est des gros cons donc c’est normal qu’ils agissent comme des gros cons ». Non, ce sont des gens avec des grands cœurs. Ils ont tous un bon fond, ce sont juste des toutous guidés par une seule personne qu’ils pourraient réduire en miettes en quelques secondes. En gros, ce sont des putains de héros.

Il y a aussi Batman. Ah, Batman, ce tueur fou. Sa présence est cool, elle dure 30 secondes. C’était très utile, merci d’être passé Batfleck.

Bon, arrêtons de parler de l’écriture minable. Parlons mise en scène, musique et tout ce qui aurait pu sauver le film du désastre. La mise en scène est illisible, générique, moche et sans âme. Rapide, non ? La musique quant à elle est utilisée n’importe comment, sans aucune justification. On veut marcher sur les platebandes des Gardiens de la Galaxie sans équilibre, ni maîtrise. Forcément, ça ne pouvait pas marcher. On ne met pas des morceaux connus ici et là par hasard juste pour dire de paraître cool. Il faut l’attitude qui va avec et une justification. Ayer a même eu le culot de réutiliser un des morceaux de la BO des Gardiens. C’est dire à quel point il était inspiré le bougre.

Suicide Squad est aussi petit et mineur que sa campagne marketing était massive et majeure. Il n’apporte rien à un genre à bout de souffle et n’exploite jamais une seule des possibilités folles que permettait une adaptation pareille. Pour être tout à faire honnête, Suicide Squad réussit à faire pire que les 4 Fantastiques. Là où Josh Trank proposait une vraie vision du genre SH parasitée par une production calamiteuse, Ayer se contente de recycler ce qu’il a vu du genre et livre un film formaté, vidé de toute personnalité et pensé pour un public vraiment très peu regardant.

Détails

Réalisateur : David Ayer

Casting : Will Smith, Jared Leto, Margot Robbie, Ben Affleck, Cara Delevingne

Production : Warner

Date de sortie : 3 août 2016

Budget : 175 millions $

Le trailer en VO