Critique ciné : Quelques minutes après Minuit, de Juan Antonio Bayona

Je suis allé voir Quelques minutes après Minuit comme j’irais voir n’importe quel autre film : avec mon petit sac d’attentes et ma gourde d’appréhension. La plupart du temps, le film répond à mes attentes, sans trop se fouler. Parfois, à la sortie de la projection, je le trouve chouette, puis j’y repense et je revois mon avis à la baisse. C’était le cas de Avengers : Age of Ultron ou de Star Wars : Rogue One.

Enfin, de temps à autre, je sors d’une projection avec un avis pas si positif et en repensant au film, je rehausse mon jugement, comme avec Sleeping Beauty de julia Leigh (sorti en 2011) ou plus récemment Elle de Verhoeven. Comment expliquer ces retournements de veste ? J’ai tout simplement tendance à vouloir être capable d’exprimer un avis dans les 30 secondes qui suivent la fin du film. Vous savez, ce fameux instant où vous vous retournez vers vos compagnons d’infortune pour connaître les avis des uns et des autres. Je peux maintenant rajouter Quelques minutes après Minuit à cette dernière catégorie.

Résumé du film

Conor n’a pas de chance. Son père vit en Amérique (et est joué par Fatalis), sa mère est malade et il se fait régulièrement bousculer dans la cour de récréation. C’est pas la joie quoi ! Jusqu’au jour où il rencontre un monstre sorti d’un arbre. Pour le reste, allez le voir !

Pourquoi il faut aller voir Quelques minutes après Minuit

Pour son nouveau film, Bayona n’a pas choisi le sujet le plus original du monde. On suit Conor dans son quotidien, pour constater qu’il n’a pas la vie facile. Différent des autres, il suscite la curiosité de ses camarades et doit faire face au harcèlement scolaire. En parallèle, il doit s’occuper de sa maison, sa mère étant trop affaiblie et son père trop absent pour le faire à sa place. Que le personne principal soit un enfant/jeune destine avant tout le film aux enfants et cela se ressent dans la narration. Conor rencontre le monstrarbre, dont l’objectif est plutôt flou. Est-il amical ? Est-il malfaisant ? On n’en sait rien, au début en tout cas. Parce qu’au fur et à mesure de l’évolution de l’intrigue, les personnages mutent et le film avec eux.

« Tu ne vas pas me punir ?

-Quel en serait l’intérêt ? »

D’un conte assez sage pour enfants, le film devient plus réaliste, plus dur, plus noir. Un peu comme s’il mûrissait en même temps que son personnage principal, précipité au devant de choses qu’il est incapable de gérer. C’est dans cette évolution que se cachent les plus grandes qualités du film. En apparence, ce n’est qu’un film sur le deuil de plus, comme l’ont déjà été de nombreux films avant lui (comme Big Fish par exemple). Cependant, là où Big Fish embrassait l’aspect fantasque du réalisateur jusqu’au bout, Quelques minutes après Minuit glisse du simple film fantastique au drame pur, enseignant au passage quelques magnifiques leçons de vie sur la colère, la violence, la rancœur, le châtiment ou encore l’acceptation.

C’est ainsi que le film se fait de plus en plus poignant, jusqu’à l’approche d’une fin inévitable mais absolument sublime. Je ne me souviens plus du dernier film que j’ai vu dont la morale était aussi « mature », c’est dire à quel point Bayona fait fort. Sa patte ne se ressent pas seulement sur le message véhiculé mais aussi dans la mise en scène. Je n’exagérerais pas en affirmant sans sourciller que Quelques minutes après Minuit est juste putain de beau, qu’il s’agisse des scènes tournées de manière traditionnelle que des histoires racontées par le monstrarbre en animation. A propos de ce dernier d’ailleurs, en plus d’être modélisé à la perfection, il est magistralement incarné par un Liam Neeson plus impressionnant que jamais, dont la simple voix ferait frissonner n’importe quel spectateur. Mais s’il y a bien un acteur à saluer dans ce petit chef d’oeuvre, c’est bien Lewis MacDougall, interprète du jeune Conor. Il apporte au film une sincérité touchante et permet au final d’aller bien au-delà du simple tire-larmes.

A la sortie de la séance, je pensais que Quelques minutes après Minuit n’était qu’un film mineur, un simple film fantastique de plus avec quelques chouettes moments. Puis, en réfléchissant, j’ai constaté qu’il me travaillait. Entre l’évolution intelligente et réaliste de son jeune héros, le traitement des adultes, la pertinence des enseignements et la puissance de sa scène finale, impossible de ne pas penser que l’on tient là un monument du genre. Bayona émeut, et il le fait bien, avec justesse et sans en faire des caisses. A voir absolument, en famille si possible.

Détails

Réalisateur : Juan Antonio Bayona

Casting : Felicity Jones, Lewis MacDougall, Liam Neeson, Sigourney Weaver, Toby Kebbell

Production : Focus

Date de sortie : 04 janvier 2016

Budget : 43 millions $

Trailer en VOST

 

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