Critique ciné : Grave, de Julia Ducournau

On a tous déjà vu au moins un de ces films hybrides, ces « crossovers » comme le dit si bien Julia Ducournau. Braindead, The Voices, Evil Dead, autant de longs-métrages qui s’amusent à mélanger des gens pour mieux les détourner et proposer quelque chose de neuf. Justement, les trois premiers qui me sont venus à l’esprit sont tous ou plus moins des comédies horrifiques, un sous-genre que vient rejoindre Grave, teen movie teinté de comédie noire sur fond de cannibalisme. Ou film de cannibalisme sur fond de teen movie noir ?

Résumé

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

L’avis de GTP

Difficile de ne pas avoir eu vent du tout premier film de Julia Ducournau. D’abord projeté et salué à Cannes, puis baladé de festival en festival pour enfin arriver sur les écrans français le 15 mars, Grave bénéficie déjà d’une réputation en béton, soutenue par un bouche à oreille plus qu’efficace. Pourtant, vendu comme sulfureux, provocant, à grands renforts de « vomi dans les salles », Grave n’est peut-être pas le monument de genre tant attendu, la faute à une retenue trop frustrante pour convaincre.

Quand vous allez voir un film sur le cannibalisme interdit aux moins de 16 ans, qu’est-ce que vous attendez ? De la chair, du sang, de la viande quoi. En tout cas, suffisamment d’éléments trash pour justifier l’interdiction, denrée rare aujourd’hui. Et bien non. Grave n’offre aucune scène particulièrement choquante et se contente d’une seule scène assez graphique. On attend de longues minutes que le film s’emballe, mais jamais ça n’arrive. Du coup, on doit se contenter de la dimension teen movie de Grave et là non-plus, pas de quoi se réjouir. Julia Decournau se contente de faire du Larry Clark en oubliant que seul Larry Clark sait faire du Larry Clark.

Il suffit d’avoir vu Kids ou plus récemment Smell of Us pour souligner la fadeur de Grave. Certes, c’est joli. Certes, c’est relativement bien joué. Mais ça ne va jamais bien loin. Les jeunes se droguent, les jeunes baisent, les jeunes se cherchent. Ok, ça a déjà été vu mille fois et surtout ça a déjà été bien mieux traité. La réalisatrice ne va jamais suffisamment loin. Montrer des choses extrêmes dans un film de genre en se refusant de justement MONTRER des choses extrêmes, ça me paraît bien compliqué. Reste une photographie plutôt belle, une BO dans la lignée de ce que font tous les films d’horreur un peu auteurisants de ces dernières années (It Follows en tête) et des acteurs convaincants.

Le fond de Grave n’est pas le problème. La transformation, les rites initiatiques, l’éveil sexuel, autant de sujets pas bien originaux mais correctement traités ici. Dommage que la forme ne suive pas. Trop soft, trop pudique (un comble), trop modéré, Grave ne va jamais là où on pourrait l’attendre et se contente de dérouler mollement une intrigue simple mais sympathique. L’attente était haute, la chute n’en est que plus rude.

Détails

Réalisatrice : Julia Decournau

Casting : Garance Marillier, Rabah Nait Oufella, Ella Rumpf, Laurent Lucas, Joana Preiss

Distributeur : Wild Bunch

Date de sortie : 15 mars 2017

Budget : 3,5 millions €

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