Critique ciné : Ben-Hur, de Timur Bekmambetov

Il y a 99% de chances que je sois un plus grand amateur de Timur Bekmambetov que vous, sans même que vous sachiez de qui je suis en train de parler. Soyons fou, je dirais même 100% de chances que ce soit le cas. Le petit Timur, c’est le Russe foldingue derrière Wanted, Night Watch, Day Watch et surtout, son grand chef d’oeuvre, Abraham Lincoln. Pas la version académiquo-chiante ft. (le trop rare) Daniel Day-Lewis, mais l’autre. La vraie. L’officielle. Celle avec les buveurs de sang et le lancer de cheval. Bref, inutile de vous dire que je voue une véritable admiration à ce monsieur capable de défier toutes les lois de la physique et du mauvais goût pour le plus grand bonheur des fans de divertissement plus que débilitants.

Quelle ne fût pas mon immense joie quand j’appris que c’est ce même fou qui dirigerait le « remake » (mais pas vraiment) de Ben-Hur, classique parmi les classiques et plus grand représentant d’un genre aujourd’hui éteint. Je me prenais à rêver de scènes toutes plus chaloupées les unes que les autres, de chars à nitro, de ralentis à la Snyder. Que nenni. A l’arrivée, Ben-Hur n’est ni un bon péplum, ni un bon film. Mais le pire, c’est que ce n’est même pas un bon Timur.

Résumé du film en hashtags

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Ce que je pense du Ben-Hur fait par un Russe

Ben-Hur aimerait être un grand film. Il veut parler de rejet, d’amour fraternel, d’esclavage, de révolution, de foi, d’accomplissement, de tuning de chars. Et il le fait. Il en parle. Mais on s’en fout parce que les personnages sont ratés, tous ratés. Le héros est fade, sa famille craint, son frère est une huître anthropomorphe, Morgan Freeman n’a toujours pas récupéré sa dignité et Jésus sort d’un livre pour enfants. Vous vous rendez compte ? Timur a chié sur Jésus.

Enfin, c’était déjà le cas dans Abraham Lincoln. Les protagonistes étaient déjà foireux. Pourtant, ça n’a pas empêché le film d’être un immense plaisir coupable. Le film était fantasque. Timur a des idées bizarres, pour ne pas dire complètement connes, qui fonctionnent très bien quand on parle de fantastique ou d’action Millaresque. Dans un cadre « historique » (il y a Jésus, l’athéisme me surveille), Timur semble bridé. On s’emmerde pendant 90% du film, naviguant avec maladresse entre instants émotion dignes d’un téléfilm TF1 (ceux qui passent juste après les Feux de l’Amour et sont pires que les Feux de l’Amour) et scènes d’action molles du gland. Bon, il y a bien un petit sursaut en plein milieu du film lors d’un passage en galère sympathique, mais guère plus. Jusqu’au grand final.

Et là, c’est l’heure du grand Bekmambetov show. Il ne manque plus que le turbo et les nanas à poil pour que Ben-Hur se transforme en spin-off de Fast and Furious. C’est rapide, filmé n’importe comment, complètement à l’ouest, con, bête, con, stupide, con. C’est du pur Timur, celui qu’on aurait aimé voir avant les 20 dernières minutes. Malheureusement, une seule barque ne suffit pas à sauver tous les passagers d’un naufrage (sauf si c’est un petit bateau) et la dernière image que l’on gardera de Ben-Hur sera la pire : celle d’un immense doigt d’honneur au roman, au film original et à tous les amateurs de péplums du monde entier.

Ben-Hur aurait pu être un excellent mauvais film. Timur Bekmambetov aurait pu se lâcher et réaliser le premier néo-péplum Russe, celui qui servirait de modèle de tout ce qu’il ne faut pas faire si vous souhaitez faire un film sérieux. Il n’en est rien. Au lieu de ça, il reste sur la retenue et ressort des recettes éculées sans en maîtriser le moindre ingrédient, trop focalisée sur une scène finale démentielle mais aussitôt massacrée par un épilogue dégueulasse et insultant.

Détails
Réalisateur
: Timur Bekmambetov

Casting : Jack Huston, Toby Kebbell, Rodrigo Santoro, Morgan Freeman,

Production : Paramount

Date de sortie : 7 septembre 2016

Budget : 100 millions $

Le trailer en VOST