Critique ciné : Batman v Superman, de Zack Snyder

Comment écrire la critique (SPOILER : positive) d’un film unanimement descendu par la presse sans passer pour un fanboy alors qu’on en est un ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Vous non plus d’ailleurs. J’ai passé toute la journée du 23 mars à découvrir les premiers retours de Batman v Superman, les yeux effarés. « Dull », « not fun », « too grim and too gritty », « bad acting », les qualificatifs négatifs ne manquaient pas dans les différents avis issus de la presse. Du coup, j’ai commencé à prendre peur.

Le film que j’attendais depuis son annonce en 2013 comme le Saint Graal des films de super-héros, le digne successeur du mal aimé Man of Steel, l’introduction ultime au DCverse, serait-il possible qu’il ne soit finalement qu’un Fantastic Four bis ? Je l’ai craint, pendant toute une journée. Jusque là, j’avais réussi à faire abstraction des rumeurs sur des projections test, des annonces foireuses sur des changements de planning. Mais là, c’était la goutte de trop. Il fallait que je m’en rende compte par moi-même. Bon, pour éviter le côté fanboy, on repassera !

L’avis de GTP

Batman v Superman commence pendant le grand final Dragon Ballesque de Man of Steel. Superman et Zod se foutent sur la gueule dans les airs, détruisant par la même occasion la moitié de Metropolis. Pour les dommages collatéraux, Zack Snyder avait mis le paquet. Sauf que la scène n’est pas rejouée de la même manière puisque la perspective a changé. On ne suit plus le combat depuis les cieux, mais depuis le sol, à travers les yeux de Bruce Wayne, impuissant face au carnage provoqué par les deux Kryptoniens. La tour Wayne s’effondre, Snyder invoque l’esprit du 11 septembre et le conflit entre Bruce Wayne et Superman peut commencer.

La première partie du film est dédiée à la naissance de la rivalité entre les deux personnages principaux. D’un côté, Bruce Wayne, Batman actif depuis 20 ans, aigri, misanthrope, pessimiste. De l’autre, Clark Kent, Superman controversé, tiraillé entre le symbole qu’il représente et les problèmes qu’il provoque. Ces deux êtres parfaitement opposés en apparence sont continuellement questionnés sur leur nature de héros, à travers Alfred mais aussi les médias. Sont-ils nécessaires ? Sont-ils bienveillants ? Un discours classique certes, mais pas inintéressant pour autant. La symbolique bourrine de Snyder est encore une fois très présente, pour le plus grand malheur de ses détracteurs. On aime ou pas. J’ai vu ça comme un approfondissement des questions posées dans Man of Steel, chacun des héros étant très distants des humains à sa manière. Bruce Wayne les fuit quand Superman les regarde de haut.

En parallèle, les seconds rôles se dévoilent petit à petit. Loïs Lane fait du Loïs Lane et fourre donc son nez partout où elle ne devrait pas. Diana Prince (aka Wonder Woman pour ceux qui ne le sauraient pas) constitue l’atout charme de cette première partie, toujours gracieuse, silencieuse, mystérieuse. Mais c’est surtout Lex Luthor qui intrigue. Il mène de son côté sa petite croisade contre nos deux super-héros, sans qu’on ne sache vraiment vers quoi il se dirige. Nerveux, toujours au bord du pétage de plomb, imprévisible, il rappelle beaucoup le Joker de the Dark Knight par de nombreux aspects. Pourtant, leur philosophie diffère. Contrairement au Joker, Luthor ne cherche pas le chaos, mais le contrôle. Il est finalement assez proche du Luthor que l’on peut retrouver dans certains comics : psychopathe, tantôt calme, tantôt fou, mais toujours manipulateur.

Cette première partie est très bien faite. L’introduction des personnages est efficace, même si leur caractérisation diffère plus ou moins fort des comics. Les fans de Batman vont sûrement crier à l’hérésie tant la version de Snyder tranche avec le Batman papier. Les scènes s’enchaînent plus ou moins bien, même si la transition entre les différentes histoires que veut raconter le film est parfois laborieuse. Néanmoins, pour tout ce qu’il veut montrer, Snyder ne s’en tire pas trop mal et équilibre l’ensemble de fort belle manière. Parfois, on a l’impression que le film est pressé. Et il doit l’être. Après tout, il doit réunir en deux heures trente l’introduction du Bat, de Wonder Woman, le super-méchant Lex, Doomsday et les premières apparitions des autres membres de la Justice League. Ça fait beaucoup, forcément, et on sent que le réalisateur manque parfois de temps pour tout faire bien comme il faut.

Si cette première partie est très agréable à suivre, plein d’enjeux, de conséquences, etc, elle n’en reste pas moins paralysée par un énorme défaut : son côté préquel de Justice League. De temps en temps, Bruce Wayne cauchemarde. Ne vous moquez pas, ça arrive à tout le monde. Le problème, c’est que quand il cauchemarde, il imagine des Paradémons et Darkseid. Et même de Cyborg Flash. Ok. Soit. Comment il fait ? Je veux dire, qu’est-ce qu’il lui est arrivé pour avoir des visions d’un membre de la Justice League qu’il ne connaît pas et du plus grand méchant du DCverse ? A-t-il été possédé ? Un trauma ? Une manipulation ? Non ? On s’en fout apparemment. C’est juste là pour teaser la suite. De la même manière, on a les fameux caméos que tous les fans de DC attendaient. Cyborg, Aquaman et Flash se dévoilent à travers une scène cohérente MAIS avec un détail qui annihile toute crédibilité. Dommage.

Beaucoup d’exposition, quelques scènes d’action, on ne s’ennuie pas. Certains reprocheront au film le manque de second degré. Depuis quand un film de super-héros doit-il être forcément drôle pour être divertissant et plaisant à regarder ? Marvel a tellement imprimé cette caractéristique dans les esprits qu’aujourd’hui DC risque d’en pâtir. Non, le DCverse, c’est pas forcément drôle, surtout quand il flirte avec le drame.

Le fameux duel annoncé par le titre intervient assez tard dans le film. C’est spectaculaire, violent, mais ça se finit un peu n’importe comment. « T’aimes ta mère ? Moi aussi je l’aime ta mère, COPAIN ! ». Non, juste non. Tu ne peux pas finir un combat comme ça. Je veux dire, on va s’en contenter, c’est pas si horrible que ça, mais que c’est maladroit ! Le fait d’insister à ce point sur un nom éclipse les raisons réelles de la fin du combat. Je n’en dis pas plus.

Suite à quoi vient l’affrontement final dans lequel toute notre équipe est réunie. Et là, champagne. C’est juste ultra, ultra, ultra jouissif. Grisant. Fun. Puissant. Et c’est principalement du à la présence de Wonder Woman. Bon sang, c’est l’une des plus grandes réussites de ce film. Gal Gadot incarne la guerrière à la perfection. Ce mélange de grâce et de pouvoir rend particulièrement bien à l’écran. Puis vient la conclusion du film que je ne spoilerai pas ici.

Batman v Superman est un régal. Il est complet, généreux, bien foutu, épique, pas bête, accessible et couillu. Ouais, il a des « balls » ce film. Snyder a fait des choix audacieux, inhabituels dans ce genre de production. Il a fait en deux films ce que Marvel a refusé de faire depuis la mise en place du Marvelverse : il a donné de l’impact et de la consistance à son univers. Man of Steel a des conséquences directes ici. Les personnages apprennent, évoluent, font des choix, des erreurs. Il apporte toujours un penchant négatif à l’image toute lisse de ses héros, parfois cruels et réalistes. Le Batman de Snyder est un Bat qui protège sa ville en combattant le crime…avant de marquer les fauteurs de trouble au fer rouge. On est loin du sauveur de Gotham admiré par la population. Ça compense largement le peu de faiblesses qui parsèment le film. C’est un peu rushé, parfois très con (merci Loïs), parfois inexpliqué et la fin façon « LA TOUPIE ELLE TOURNE OU PAS » est presque un aveu de faiblesse. Mais ce n’est rien comparé au pied que l’on peut prendre en découvrant le plus sombre des films de super-héros. En plus quand Zimmer et Junkie XL offrent la partition la plus assourdissante et sympathique depuis longtemps dans un film du genre, le plaisir n’en est que décuplé.

Avec Batman v Superman, c’est une toute nouvelle vision du film de super-héros qui s’offre à nous. Peut-être que Snyder est bourrin, peut-être qu’il ne respecte pas le canon. Mais peu importe, on est au cinéma, pas devant un foutu bouquin.


N’hésitez pas à commenter, tous les avis (surtout les négatifs) sont bons à prendre. D’ailleurs, si des éléments du film vous ont perturbé, n’hésitez pas à le mentionner. Précisez juste SPOILER dans votre commentaire, ce serait dommage de pourrir la surprise de ceux qui ne l’ont pas encore vu !

Détails

Batman v Superman posterRéalisateur : Zack Snyder

Casting : Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Jeremy Irons

Distributeur : Warner

Date de sortie : 23 mars 2016

Budget : 250 millions €

Trailer