« Est-ce que j’aime Michael Bay ? »

C’est la seule question qui devrait se poser avant d’aller voir un de ses films. Le plus américain de tous les réalisateurs américains a un style qui lui est propre, pompeux, grandiloquent, parfois frénétique, souvent explosif, toujours racoleur. C’est le cinéma de Michael Bay. Du coup, posez-vous cette question avant d’aller voir 13 Hours : « Est-ce que j’aime Michael Bay ? ». Parce que son dernier film condense en un peu moins de deux heures trente tout ce qui fait son style. Et ça tombe bien, je l’aime bien ce Michael Bay.

De l’amour au déni

Ma relation avec lui est un chouia compliquée. Comme beaucoup d’enfants des 90s, j’ai découvert Michael Bay au début des années 2000, avec Rock, Bad Boys, Armageddon et Pearl Harbor. A l’époque, je prenais mon pied à regarder ces films. Ils m’ont fait aimer le cinéma d’action over the top complètement shooté à la bannière étoilée. A l’époque, je ne m’intéressais pas plus que ça au cinéma, j’aimais juste regarder des films sans conséquence, pas forcément en discuter. Puis je suis devenu ce qu’on appelle un cinéphile (paraît-il). Je voulais regarder plein de choses, échanger mon avis avec ceux des autres. Problème, Michael Bay est rarement le bienvenu dans ce cercle. Il y a bien quelques résistants, mais il est de bon ton de l’enfoncer. J’ai donc commencé à le renier. Bad Boys ? « C’est nul ». Transformers ? « De la merde ». Rock ? « Ouais, sympa sans plus ». Mon discours a carrément changé, très rapidement, jusqu’à oublier que j’avais un jour aimé le cinéma de Michael Bay. Puis un beau jour, en 2011, j’ai décidé d’aller voir Transformers 3. Révélation. J’aime le cinéma de Michael Bay. Au diable les cinéphiles, les amateurs de branlette et tous ces fous. J’aime le cinéma de Michael Bay ! Et cette flamme ravivée n’a cessé de croître depuis, alimentée par l’excellent Pain and Gain et l’haleine inflammable de Grimlock dans Transformers 4. Tout ça pour dire quoi ? Que j’attendais de pied ferme 13 Hours, planté en plein milieu d’une rue dévastée, une M4 sur l’épaule, filmé en contre-plongée, sur fond de drapeau américain et avec une petite symphonie tapageuse en fond sonore s’il vous plaît.

Toi qui es sur le point de lire cette critique, abandonne tout espoir d’objectivité.

Bon. Je commence ?

La critique (pour de vrai)

13 Hours raconte l’assaut d’une mission américaine à Benghazi en Lybie et la résistance d’un petit groupe de six soldats des forces spéciales, pendant treize heures justement. Non, ce film ne raconte pas les exploits surréalistes et super-héroïques de six surhommes en mode hardboiled. Il raconte l’histoire de six hommes qui ont chacun une famille et un sens du devoir assez prononcé, d’une annexe de la CIA et d’autres militaires. En fait, pour être plus clair, 13 Hours raconte une histoire vraie. Certes, il a un enrobage made in Bay, mais il n’a rien d’improbable, ni de particulièrement excessif. Le fait de réaliser un film adapté d’une histoire vraie a permis à Michael Bay d’imposer une situation plutôt rare dans le cinéma d’action : on n’est pas vraiment en territoire hostile. Dangereux, oui. Complètement hostile, non. On ne peut pas distinguer les alliés des ennemis, il n’y a pas d’uniforme comme le souligne l’un des personnages. Et quand il s’agit d’ennemis, il n’y a pas de tir à vue. La paranoïa s’installe très rapidement, tout le monde est potentiellement dangereux mais tant que personne n’ouvre le feu, impossible de passer à l’action.

Cette dynamique permet d’instaurer un climat pesant, tendu. Le fait de ne pas savoir quand la menace se transforme en attaque a ce petit côté stressant trop rare dans les films d’action. Tout le film repose sur la défense des bâtiments américains, mais n’allez pas croire que c’est de l’action pendant 2H30, bien au contraire. On passe plus de temps à calculer le risque présenté par chaque individu inconnu à l’écran qu’à purement et simplement défourailler. De cette façon, le film se révèle presque anti-spectaculaire. Il n’y a pas de climax final. Il n’y a pas une scène d’action plus « over the top » que les autres. Il n’y en a pas besoin. 13 Hours fonctionne de cette manière, au stress, à la tension, à l’intensité, plutôt qu’au nombre d’explosions présente à l’écran. Il est évident que Michael Bay sait se faire plaisir de temps à autre en faisant péter une bagnole mais il ne tombe jamais dans l’excès en ce qui concerne l’action et franchement, ça fait du bien. Beaucoup de bien. En plus, sa mise en scène est lisible, fluide, très immersive. On est plongés au cœur de l’opération. Rarement on aura vu guerre urbaine aussi intense au cinéma.

En dehors des combats, Bay garde tous ses tics habituels. Les militaires, le QG, la famille, le sens du devoir, on est en terrain connu, toujours avec cette mise en scène qui cherche à rendre chaque scène percutante (pas spectaculaire, juste percutante). Il a même tendance à recycler certaines de ses anciennes idées, comme le coup de la bombe de Pearl Harbor. Rien de bien dramatique, on est loin de sa fréquence d’utilisation de la contre-plongée ! On notera aussi une sorte de vrai-faux patriotisme similaire à ce qu’avait fait Clint Eastwood avec American Sniper, une forme d’amertume envers les USA plutôt surprenante chez nos deux amis républicains. Ici, ce sont les bureaucrates qui en prennent pour leur grade. Bon, je vous avouerai que la critique ne va pas bien loin et que de toute façon, on n’est pas là pour ça, mais quand même !

13 Hours est l’un des meilleurs films de Michael Bay. Il reprend tout ce qui fait qu’on aime un film de Michael Bay : l’intensité de l’action, la qualité des plans, les enfants qui courent au ralenti, les contre-plongées en veux-tu en voilà, la bravoure, la musique grandiloquente, les voitures, les rob…ah non pas les robots. Bref, il nous sert sa recette habituelle et y rajoute un soupçon de paranoïa d’une efficacité monstrueuse et un réalisme militaire rafraîchissant. Et tout ça pour 50 millions de dollars. Franchement, difficile de faire mieux niveau rapport qualité prix !

Détails

Réalisateur : Michael Bay

Casting : John Krasinski, James Badge Dale, Max Martini, Pablo Schreiber, David Denman

Distributeur : Paramount

Date de sortie : 30 mars 2016

Budget : 50 millions $

Trailer en VOST