Critique ciné : 10 Cloverfield Lane, de Dan Trachtenberg

Cloverfield n’était pas un mauvais film. Il n’était pas très bon, pas très beau, mais dans aucun cas il était mauvais. Il était moyen. Juste moyen. En fait, il avait de l’audace. Mêler found footage et blockbuster était une première et rien que pour ça, il faut le saluer. Mais avant même sa technique de mise en scène, c’est bien sa promo qu’il faut retenir. Cloverfield est l’ambassadeur du marketing viral, secret, efficace. Son petit frère, 10 Cloverfield Lane, a de grandes chances de prendre la relève. Un teaser mystérieux, une filiation à l’original tardive, pas de fuite. A l’heure où tous les gros films passent leur temps à se vendre, il est très agréable de constater qu’un film peut encore sortir de nulle part, surprendre et ne pas exploser son budget marketing. Malheureusement, comme pour son grand frère avant lui, on risque de retenir la promotion exemplaire plutôt que le film.

Suite à un accident de voiture, Michelle se réveille dans une pièce sombre et humide, en sous-vêtements et attachée par une chaîne à un tuyau. Elle ne sait pas où elle est, ni qui lui a fait ça. Suite à quoi elle découvre son hébergeur qui lui explique que le monde est foutu, à cause d’une attaque nucléaire ou chimique. Il n’en sait rien, et nous non plus. 10 Cloverfield Lane est un pur huis-clos. Il se déroule dans un abri antiatomique tout ce qu’il y a de plus classique. Qui dit huis-clos dit tension, forcément (sinon on s’emmerderait pas mal). Et je dois avouer que Howard, le « kidnappeur », est un personnage particulièrement intéressant. Déjà parce qu’il est magistralement interprété par un John Goodman au meilleur de sa forme. Et deuxio parce qu’il est presque impossible de le cerner. Tantôt inquiétant, tantôt protecteur, il passe du coq à l’âne sans vraiment savoir où il veut emmener ses invités.

Problème, énorme qui plus est : si la qualité du jeu de Goodman participe clairement à l’ambiance anxiogène de 10 Cloverfield Lane, la musique vient littéralement pourrir tout le travail mis en place par le réalisateur et les acteurs. Tout est prévisible à cause de la musique. A chaque moment de stress, à chaque révélation, on ne sait pas ce qui va se passer mais on sait quand ça va se passer à cause d’une musique carrément envahissante. La surprise n’est jamais totale. Exemple : la scène de la devinette, tellement grosse qu’elle en est inutile (mais amusante je dois l’admettre). Pour le reste, on se laisse tout de même surprendre par les révélations constantes qu’apportent les personnages. On est face à un huis-clos bien ficelé, un peu maladroit certes, mais correctement filmé, très bien joué et rondement mené. Puis vient la fin.

Putain, cette fin. Cette misérable fin. Ce truc atroce qui balaie d’un revers de main tout ce qui avait été fait auparavant. Soyons honnête : elle est complètement ratée. Elle est surtout symptomatique du rattachement tardif du film à la licence (et ouais) Cloverfield. Une fin en queue de poisson et pleine de questions aurait été meilleure que celle que Trachtenberg nous offre. Imaginez, c’est comme si le réal’, arrivé à la fin de son film, s’était dit : « Merde, j’avais oublié qu’on tournait une suite de Cloverfield, faut qu’on fasse un truc ». Le pire, c’est qu’avant même d’être à l’origine d’une fin à la con, l’association à Cloverfield ruine une partie de la surprise au sein du bunker. Ils n’auraient pas du le rattacher à Cloverfield de manière explicite et laisser cette surprise au spectateur pour le final. Cette fin aurait peut-être moins fait « fin à la con », parce qu’elle aurait été un minimum surprenante. Dommage.

10 Cloverfield Lane est un sympathique huis-clos qui se termine bien mal. Notez d’ailleurs que si vous avez déjà vu la première saison de la série Metal Hurlant Chronicles, vous aurez moins de surprise à l’arrivée. Dans le genre huis-clos post-apocalyptique, on préfèrera un The Divide bien moins conventionnel et au moins aussi intense (avec en plus une excellente bande-son signée Jean-Pierre Taieb).

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