Véritable sensation du dernier Festival de Cannes, et ce en dépit de son absence remarquée au Palmarès, Burning, le nouveau film de Lee Chang-dong, a su “enflammer” la Croisette. En découvrant son récit vaporeux entre triangle amoureux ambigu et disparition mystérieuse, on n’a pas mis longtemps à comprendre pourquoi !

Bande-annonce

L’avis de Victor sur Burning : un véritable phénomène Cannois ?

On va être catégorique sur le sujet : Burning n’est pas le film le plus accessible qui soit. Plusieurs clés sont mises à disposition du spectateur pour accéder à la porte qu’il préfère ouvrir, une porte auquel il accédera à partir d’un fil narratif simple. Jong-su, jeune homme aspirant à devenir écrivain, rencontre dans la rue une vieille connaissance nommée Haemi. Les retrouvailles se veulent singulières puisque Jong-su est immédiatement missionné par la jeune femme. Une simple histoire de garde de chat. Puis débarque subitement Ben, jeune homme nanti (joué par Steven Yeun, le Glenn de Walking Dead) au charme mystérieux. Suite à quoi une disparition va plonger ce triangle étrange dans une folie pyromane (littéralement).

Le pari du réalisateur de Poetry est réussi. Dès lors que l’on quitte la salle de Burning, notre cerveau s’emballe. Cet été, avare en sensations cinématographiques malgré les péripéties de Tom Cruise et John David Washington, nous aura au moins permis de retrouver quelque chose que l’on ne voit que trop rarement au cinéma. On parle bien sûr du mystère, de la surprise. Qu’il est passionnant de découvrir un film qui ne nous révèle pas tout. Surtout lorsque cela entre aussi dans le jeu même des personnages. Comme dit plus haut, le personnage de Jong-su souhaite devenir écrivain. Celui-ci sera l’unique personnage que le spectateur suivra tout le long. Ainsi, chaque micro-événement, chaque objet qu’il rencontrera, prennent une plus grande ampleur dans le puzzle mental qu’il se fabrique. Par exemple, un simple regard sur une montre trouvée dans un tiroir amène à une enchaînement des plus sinistres. Le regard de Jong-su, errant dans une Corée du Sud filmée avec naturalisme, se confronte avec son instinct brûlant entre désir de savoir et désir du cœur. Un trouble sulfureux se crée donc dans ce film aux nombreuses fulgurances. La narration se perd dans ce regard observant l’hédonisme planant du duo qui l’entoure. L’insolence privilégiée de Ben et l’envie d’explorer d’Haemi perturbent les attentes de Jong-su et du spectateur au travers d’une poignée de moments de grâce, comme cette scène de danse hallucinée sur fond de Miles Davis. Une séquence envoûtante, où la liberté des mouvements de la danse d’Haemi se trouble dans un jeu d’ombre magnifique, avant que la danseuse ne disparaisse pour le reste de l’intrigue. La protagoniste devient aussitôt une pure image de fiction dans la vision de Jong-su. Mais cette image s’effaçant aussitôt, la tournure des événements va pousser notre héros à mener sa propre enquête.

L’insolence privilégiée de Ben et l’envie d’explorer d’Haemi perturbent les attentes de Jong-su et du spectateur au travers d’une poignée de moments de grâce, comme cette scène de danse hallucinée sur fond de Miles Davis.

On se retrouve face à une enquête passionnante sur la fiction que l’on peut imaginer soi-même, rappelant un autre film fascinant de cet été 2018 : Under the Silver Lake et sa quête vers le vide de la pop-culture. Le film de David Robert Mitchell partage des similitudes avec Burning avec ces personnages guidés par leurs propres fantasmes et leur regard masculin. Mais là où Mitchell apporte une résolution concrète au mystère obsédant le personnage joué par Andrew Garfield (malgré une absence totale de sens dans les indices qu’il trouve), Lee Chang-Dong prend un malin plaisir à toujours distiller le doute à l’écran. Si il y a bel et bien une conclusion, la raison pour laquelle nous sommes confrontés à ce final tétanisant peut nous échapper et nous demande même ce que nous avions vu comme histoire au final. Les thèmes abordées dans la densité du film (lutte des classes, obsession amoureuse, hédonisme et croyance en la fiction) continuent de nous perturber des heures et des heures après le visionnage. Même si cela amène forcément un sentiment de frustration sur le coup, difficile de ne pas succomber à cette passion qu’entraîne la réflexion.

Burning est un film qui pourra autant vous frustrer que vous séduire immédiatement mais une chose est sûre, il est impossible de ne pas repenser à des détails montrés à l’écran ou à ne pas remettre certaines paroles en questions tout le long. Ce mystère troublant que Lee Chang-Dong dissipe entre fantasme et réalité vous donnera constamment l’impression qu’une pièce du puzzle manque ou a été mise à l’envers. Une expérience à la fois difficile et exigeante, capable néanmoins de dégager une véritable satisfaction lorsqu’il s’agit de partager ses théories avec les autres spectateurs.

Toutes les images appartiennent à ©Diaphana

Burning Couverture du livre Burning
Lee Chang-dong
Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jun Jong-seo
Diaphana
29 août 2018
-

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret.
Peu de temps après, Haemi disparaît…

Total
1
Shares