Critique de Bohemian Rhapsody (2018), le biopic sur Queen
©Twentieth Century Fox France

Bohemian Rhapsody (2018), la critique

Fox Save the Queen ?

Affiche de Bohemian Rhapsody (2018), le biopic sur Queen
Release Date
31 octobre 2018
Réalisateur
Bryan Singer
Casting
Rami Malek, Gwilym Lee, Lucy Boynton
Distributeur
Twentieth Century Fox France
Budget
50 millions $
Our Score
2

On pourra dire ce qu’on veut, il est tout de même très difficile de « rater » la réalisation d’un biopic, plus que d’autres genres en tout cas. L’histoire est déjà prête, il n’y a plus qu’à l’emballer, pour la rendre divertissante, intéressante. Par définition, c’est donc un genre qui permet d’expérimenter, de faire autre chose qu’une simple recopie des faits. Pourtant, c’est ce que font la majorité des réalisateurs. Les films ne sont pas inintéressants pour autant, ils sont juste dénués d’ambition, d’audace. Ils sont tout simplement banals. Tout comme l’est Bohemian Rhapsody. Or, y a-t-il pire défaut pour une oeuvre liée à Queen et à la légende Freddie Mercury que la banalité ? On en doute.

Bohemian Rhapsody — Wikipédia

Plus qu’un simple (bon) groupe de rock’n roll, Queen est LE rock’n roll. Fin de la discussion. On aura beau parler des Beatles, de David Bowie ou encore des Stones, aucun n’est aussi représentatif du genre que Queen, qui a joué avec les codes comme aucun autre avant (et après) lui. Expérimental, grandiose, provocateur, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire le groupe, et plus particulièrement son emblématique leader, un personnage hors du commun et surtout une base en or pour un biopic. Que Bryan Singer s’est empressé de bâcler. On retrouve dans Bohemian Rhapsody ce qu’il y a dans tous les biopics. De la montée en puissance à la séparation, jusqu’aux retrouvailles et aux cartons finaux, tout semble déjà consommé.

Dans ce sens, la formule a déjà été tellement utilisée qu’elle est forcément appliquée. Le réalisateur livre un portait carré, sans la moindre aspérité. Certains le qualifieront de propre, d’autres de fade. Ce qui en ressort dans tous les cas, c’est qu’on est plus face à la mise en image d’une page Wikipedia (tout en niquant totalement la chronologie des faits au profit de « l’émotion ») qu’à l’interprétation d’un metteur en scène. Bryan Singer ne fait aucun effort pour apporter un peu de folie à une histoire que l’on commence à connaître par cœur. L’histoire de Queen devient linéaire, Freddie Mercury une simple imitation.

Ne vous-y trompez pas, Rami Malek est bon. Il mime du mieux qu’il peut, pour qu’on ait l’impression de voir Mercury. Sauf que même le plus parfait des mimétismes n’a jamais fait la saveur de quelque chose et que Rami Malek a beau gesticuler autant qu’il veut, il n’est jamais rien d’autre qu’un acteur qui joue Freddie Mercury. Dans un long-métrage plus osé, ça n’aurait pas dérangé. Dans cette réalisation on ne peut plus classique, c’est purement et simplement vain, surtout quand arrive le final, à la fois meilleur et pire passage du film. Meilleur parce qu’il s’agit tout de même du Live Aid, le plus grand concert de l’histoire avec une performance hallucinante de Queen à l’époque, avec tout ce que ça implique en termes d’échelle et de morceaux joués. Et pire parce qu’on se rend compte à quel point Bryan Singer est incapable de faire ressentir quelque chose à travers sa mise en scène. Groupe, public, ex-femme, copain, groupe, public, etc : les plans se suivent et se ressemblent, pendant une quinzaine de minutes. On ne ressent jamais le frisson par la caméra, uniquement par la musique. Quelques semaines après les scènes de concert virtuoses de A Star is Born, ça pique un peu !

Bohemian Rhapsody est probablement l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand, morceaux du XXème siècle. Une oeuvre singulière, forte, multicéphale, réduite ici à un biopic convenu, lisse et sans surprise. Bryan Singer ne prend aucun risque et livre une production formatée comme on en voit tant d'autres, infoutue de faire autre chose que remplir un cahier des charges pré-établi. Freddie Mercury mérite mieux que ça. Et vous aussi.
On l'aime pour...
La musique de Queen, forcément
Ça se laisse regarder...
Même si...
...sans véritable plaisir
Live Aid sur Youtube, c'est au moins aussi bien (et gratuit)
2

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