Vous n’êtes pas sans savoir que plus les années passent, plus le sol américain se révèle être un territoire de méfiance pour les populations afro-américaines. La présidence Trump n’a rien arrangé à cela et c’est tout logiquement que les metteurs en scènes et les auteurs issus de cette ethnie ont fini par produire des œuvres toujours plus remontées contre le climat ambiant. Aux Get Out et autres Blackkklansman vient s’ajouter Blindspotting, pamphlet plus comico que tragique écrit par les rappeurs Daveed Diggs et Rafael Casal, pour deux personnages qui n’ont ni la vie facile, ni la rime docile.

Bande-annonce

Collin et Miles, deux facettes d’une même pièce, l’une noire, l’autre blanche, perdue au beau milieu d’une ville d’Oakland en pleine mutation. Autrefois berceau du Black Panther Party, la troisième plus grande ville de la baie de San Fransisco subit la gentrification de plein fouet, chamboulant les repères des populations locales. Blindspotting est un film social avant tout, véritable portrait du « changement » et de ce que ça implique en termes d’adaptation. Les gens changent, les habitudes restent et les inévitables frictions se manifestent.

C’est l’angle de la comédie qui prédomine ici. Pas question de se regarder le nombril pendant 1H30 à pleurer l’Oakland d’antan, Daveed Diggs et Rafael Casal dézinguent joyeusement tout ce beau monde avant de s’attaquer au sujet de fond de ce Blindspotting : la discrimination raciale ancrée dans les gênes de l’Amérique blanche, dépeinte au travers d’une bavure policière comme on en voit toutes les semaines aux informations. A partir de là, c’est fini de déconner, il faut commencer à percuter.

Toujours aussi verbeux, Blindspotting devient plus violent et adopte une verve plus virulente, illustrant parfaitement l’espèce d’épée de Damoclès qui flotte au-dessus de la communauté Noire avant de s’achever lors d’un final tétanisant d’intensité, où la rage finit par éclater. Les deux rappeurs ne prennent aucune pincette et même si on regrettera quelques maladresses (la façon dont le fameux « Blindspotting » est évoquée, sans finesse), la force du discours en impose sans peine.

Le passif musical de Diggs et Casal permet à Blindspotting de dépasser son statut de petit film indépendant inoffensif. Parfaitement écrit et diablement bien rythmé, le film de Carlos Lopez Estrada se la joue Bodied, sorti de son entrepôt miteux pour clamer ses textes vindicatifs, avec le rap comme arme non-létale pour défourailler à tout-va.

Toutes les images appartiennent à ©Metropolitan Filmexport.

Blindspotting Couverture du livre Blindspotting
Carlos Lopez Estrada
Daveed Diggs, Rafael Casal, Janina Gavankar
Metropolitan Filmexport
3 octobre 2018
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Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de Collin prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Miles, son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation. Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc pour le jeune homme. Il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ.

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