Battleship Island (Ryoo Seung-wan, 2018), couverture
©Metropolitan Filmexport

Battleship Island (Ryoo Seung-wan, 2018) : la critique

Il y a des films qui demandent de batailler pour être vus. C’est le cas de Battleship Island, victime d’une sortie exclusive au cinéma Publicis de Paris en mars 2018. Une seule et unique salle en France pour sa semaine de sortie. Vous vous demandez peut-être quel est l’intérêt des exclusivités au cinéma. Je l’ignore, et ce n’est pas le sujet ici. Ce qui nous intéresse, c’est le film de Ryoo Seung-wan, vanté par certains comme un immense blockbuster, possiblement même l’un des tout meilleurs de l’année. Après 2H10 de visionnage intense, je peux dire que ma voix vient s’ajouter à la leur ! 

Bande-annonce en VOST

La critique de Battleship Island, par Alexandre

Contrairement à d’autres films historiques, Battleship Island ne se contente pas de raconter l’Histoire. Il l’illustre à travers le récit d’une évasion vécue par une poignée de personnages fictifs, tous caractérisés de manière à les identifier simplement. Il y a le gangster badass, le soldat infiltré ou encore le musicien un brin opportuniste (mais avec un bon fond), remarquablement interprétés par des acteurs au sommet (fabuleux Hwang Jeon-min). Ils se rencontrent, s’opposent, collaborent pour mener à bien un plan d’évasion qui n’est que la conclusion d’un film qui n’arrive pas à se contenter d’un seul genre.

Voyez-vous, comme nombre de ses compères, Ryoo Seung-wan est un touche-à-tout. Là où un réalisateur américain en aurait faire un simple film de guerre, lui se permet d’y injecter de l’absurdité, du drame, de l’action, pour plusieurs rythmes différents et autant de destins croisés. C’est la force de ce cinéma, d’être capable de mêler les tons sans que rien ne dépasse, pour un résultat unique et homogène. En cela, Battleship Island est déjà un film exceptionnel. Mais c’est vraiment la maîtrise qui s’en dégage qui force le respect.

Épaulé par Lee Mo-gae, directeur de la photo habituel des films de Kim Jee-woon (J’ai rencontré le diable ou 2 Soeurs), le réalisateur compose des scènes renversantes, écartant constamment toute forme de retenue. Les plans sont sublimes, la lumière à tomber et le climax vaut à lui seul le déplacement. Porté par une Extase de l’Or on ne peut plus appropriée, il fait monter les larmes avec une aisance déconcertante, tout en offrant l’un des affrontements les plus viscéraux vus au cinéma depuis l’introduction du Soldat Ryan. C’est exactement à ce moment-là qu’on se dit que le réalisateur en fait peut-être un peu trop, avec force ralentis et moments de gloire. Mais comment bouder son plaisir face à un spectacle total d’une telle envergure ? Pourquoi devrait-on forcément lui reprocher ce vibrant hommage à la Corée pour un simple excès de pathos ?

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Battleship Island est une pure leçon de cinéma. Tour à tour déchirant, grandiloquent, amusant, épique, violent, incisif, le film de Ryoo Seung-wan est d’une générosité folle, surprenant dans ses choix et sa reconstitution d’un pan majeur de la relation entre le Japon et la Corée. Face au regard caméra final, on ne peut que s’incliner. Un immense blockbuster, dont la distribution sélective me laisse toujours un goût amer en bouche.

Pour aller plus loin

Si le cinéma Sud-Coréen attise votre curiosité (et je peux vous comprendre), je ne peux que chaudement vous recommander l’intégralité de la filmographie de Park Chan-wook (Old Boy, JSA), Kim Jee-woon, Bong Joon-ho (Memories of Murder, Okja, The Host), ainsi que New World, Breathless ou encore Tunnel, dont j’avais déjà parlé sur Good Taste Police. Ce sont tous des valeurs sûres, idéales pour débuter.

Toutes les images appartiennent à ©Metropolitan Filmexport.

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