American Nightmare 4 (Gerard McMurray, 2018) : la critique

Quand American Nightmare fut présenté aux yeux du monde en 2013, nous ne pensions pas que c’est dans la déconne que la saga trouverait son salut. Home invasion basique au possible, l’excellent concept de James DeMonaco se dégonflait très rapidement, pour ne laisser la placer qu’à une amère déception. Lorsqu’il fut question de lui donner un petit frère, DeMonaco changea son fusil d’épaule. Point de place pour le sérieux, American Nightmare – Anarchy faisait la part belle au bordel ambiant et à la déconne sauvage. Trop imparfait pour être encensé, il donnait enfin une véritable base pour une saga qui pouvait enfin prendre son envol. Malheureusement, le troisième épisode fit quelques pas en arrière. Suite à quoi James DeMonaco abandonna la réalisation, au profit du jeune Gerard McMurray, réalisateur afro-américain déjà à l’oeuvre en tant que producteur sur Fruitvale Station et Burning Sands (paru sur Netflix). Cette précision a son importance, puisque American Nightmare 4 – Les Origines frappe exactement là où l’attendait le moins !

Bande-annonce en VF

La critique de American Nightmare 4, par Alexandre

La maison Blumhouse Productions file un bon coton depuis quelques temps. Plus ambitieux, plus expérimentaux, les long-métrages qui en sortent ont pour la plupart ce petit quelque chose en plus. Get Out était très politisé, Happy Birthdead « hybridait » les genres (en se calquant sur Un jour sans fin avec Bill Murray) et The Visit redonnait à la fois toutes ses lettres de noblesse au found footage et au génial Shyamalan (Sixième Sens, Signes). Après trois épisodes, on pouvait considérer que la franchise American Nightmare était « bien installée », et qu’un quatrième opus n’apporterait pas grand chose de plus, si ce n’est quelques explications quant aux origines de la pratique de la Purge.

Et bien non. C’est même tout le contraire : Les Origines est à la fois l’opus le plus esthétique et le plus lourd de la quadrilogie. Sans expliquer tout le processus qui mena à la mise en place de la Purge, ces origines se concentrent avant tout sur le pourquoi de son maintien. Figurez-vous que ça a tout à voir avec les problématiques raciales des Etats-Unis. A travers son scénario, James DeMonaco mène une charge à boulet rouge contre les persécutions des populations Noires, tout en évitant admirablement l’écueil du « pauvre contre riche ». C’est abordé, mais rapidement mis de côté pour mieux se concentrer sur les différences de couleurs. Ainsi, on ne sera pas surpris de suivre un groupe de personnages Noirs, pour qui la survie a du sens. En étant moins global, plus centré sur une population précise, American Nightmare 4 s’achète une pertinence. Il ne s’agit plus seulement d’un concept ravageur, mais aussi d’un moyen d’illustrer des inégalités réelles à travers une outrance omniprésente.

Et oui, ce n’est pas parce que le film traite majoritairement d’un sujet extrêmement grave qu’il fait l’impasse sur l’imagerie foutraque mise en place avec Anarchy. Masques et couleurs flashy sont toujours de la partie, accompagnées d’une impressionnante sur-esthétisation peu commune dans le cinéma d’horreur grand public. Ralentis et compositions picturales permettent à Gerard McMurray d’appuyer là où ça fait mal, transformant ponctuellement des champs de batailles jouissives en plans iconiques glaçants. C’est à la fois remarquable et à la limite du « too much », voire carrément de mauvais goût (selon les points de vue). Certes, ce n’est pas fin, du tout. Mais comment ne pas saluer cette dernière demi-heure de folie, lors de laquelle le film met de côté l’aspect horrifique pour basculer dans le massacre vengeresque pur et dur ?

Difficile à croire, et pourtant, Gerard McMurray et James DeMonaco l’ont fait. Après une trilogie inaboutie, ils se sont décidés à donner du poids à leur saga, sans subtilité mais avec une paire de bastos dans la gueule et quelques capuches du Ku Klux Klan. Jubilatoire et halluciné, Les Origines parvient à jumeler une actualité tendue à un concept fort que je pensais voué à se dégonfler à chaque nouvelle itération de la saga. J’avais tort, et je ne pourrais pas en être plus ravi !

La parenthèse nuancée de Victor

Si la franchise procure un plaisir de série B du samedi soir, allant du registre du « home-invasion » jusqu’à dorénavant la satire politique, il est cependant dommage de noter comme toujours sa principale faiblesse : la grossièreté de son imagerie.

Voulant correspondre au cahier des charges des productions mainstream actuelles, la licence lancée par James DeMonaco n’y va pas avec le dos de la cuillère pour dénoncer une lutte des classes en utilisant une iconographie propre au genre de l’horreur (les masques horrifiques, entre autres). Ce qui est dommage car cela atténue (à mon sens) la note d’intention louable de la franchise et plus particulièrement de ce quatrième volet. Si certains plans peuvent être iconiques pour nos héros, il est regrettable que l’effet stylistique soit de mise pour représenter une violence pourtant bien réelle, ressemblant plus à un clip MTV qu’à de réelles images. On comprend l’intention, on la salue mais comme toujours dans American Nightmare, on espérait une meilleure exécution.

American Nightmare 4 : Les Origines Couverture du livre American Nightmare 4 : Les Origines
Gerard McMurray
Y'lan Noel, Omari Hardwick, Melonie Diaz
Universal Pictures
4 juillet 2018
13 millions $

En Amérique, pour baisser le taux de criminalité en dessous de 1% le reste de l’année, les « Nouveaux Pères Fondateurs » théorisent et créent « La Purge », un moyen social et populaire qui permet au peuple américain d'évacuer leurs pulsions meurtrières refoulées durant toute une nuit, soit pendant 12 heures, dans une ville sur une île isolée. Mais très vite, leur création leur échappe et le phénomène s'étend au-delà des frontières jusqu'à atteindre la nation entière.

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