Il y a trois ans fut lancé le Kev Adams Cinematic Universe (KACU pour les intimes), à travers la sortie des Nouvelles aventures d’Aladin, relecture moderne du célèbre conte des mille et une nuits. Hélas, déçus nous fûmes lorsque les Nouvelles aventures de Cendrillon fit l’impasse sur une apparition du trublion. Telle une Momie défraîchie, le KACU se limiterait donc à un seul opus ? Bien sûr que non ! Devant le succès de la première itération (4 millions de fou-spectateurs, pardon), Pathé mit en chantier une suite, sobrement intitulée Alad’2. Parce que Aladin, ça fait comme Alad’1 (gros brainstorming chez les producteurs). Une suite en trompe l’oeil, dont le seul et unique objectif est de masquer la véritable quête de Pathé : celle du Saint Néant.

Bande-annonce

La critique de Alad’2 par Kurutch’1

Bagdad va mal. Mal gouvernée par un couple en froid, la cité dépérit et voit ses coffres se vider petit à petit. Aladin, qualifié d’immature par sa dulcinée, ne semble pas percuter la situation. Jusqu’à ce que le Shah Zaman débarque et ne s’empare de la cité, contraignant Aladin à fuir, puis à revenir avec son génie.

Ceci, chers amis, n’est pas un scénario. Ce n’est pas un scénario car cet arc du KACU n’a pas de conclusion. Les difficultés de la ville ? Envolées. Les raisons de la venue du Shah ? Le poitrail de la princesse. L’histoire connaît-elle une résolution ? Pas vraiment. Alad’2 n’a aucun sens. Il n’a aucune raison d’exister, en dehors du potentiel pécuniaire de Kev Adams. Par conséquent, il ne raconte rien et donne dans la succession de sketchs, ni plus ni moins. Un peu à la manière des Tuche. Or, ce qui peut marcher dans un Tuche n’est pas forcément adaptable partout.

Les anachronismes côtoient les références méta, elles-mêmes appuyées par quelques blagues scato et une admirable façon de tourner en dérision le langage (à travers le personnage de Jamel Debbouze, dont c’est le seul ressort comique) ou encore l’attirance des hommes pour d’autres hommes. Parce que oui, dans le monde d’Alad’2, supposément reflet de la société moderne puisqu’il s’agit d’une mise en abyme, des hommes qui regardent ou touchent d’autres hommes, c’est drôle. Pour ne pas dire hilarant si on se fie aux éclats de rire entendus lors de l’avant-première. Pour relever le niveau, les scénaristes ont jugé malin de rendre un hommage à 1492 (l’un des pires Ridley Scott à mon sens) pour nous gratifier d’une apparition de ce bon vieux Gégé. Pourquoi pas, si le tout avait une quelconque cohérence. Malheureusement, c’est là uniquement pour boucher les immenses fossés qui parsèment le script.

Et tout ça pour quoi ? Pour nous servir un propos complètement neuneu sur le fait de grandir, de prendre des responsabilités. Comme un trillion de films avant lui. Plus encore que son prédécesseur, qui avait au moins le “mérite” (avec des guillemets aussi grandes que l’Himalaya) d’essayer quelque chose de “frais” (bis repetita), cet Alad’2 explose des records d’insignifiance, en tartinant simplement de guimauve une formule déjà complètement dégueulasse.

Un scénario qui n’en est pas un, des blagues non-écrites, une réalisation d’une platitude sans nom, des caméos que l’inutilité elle-même ne parviendrait pas à qualifier, ne serait-ce pas le Saint Néant que l’on touche du doigt ? Il semblerait qu’après toutes ces années, Pathé ait enfin réussi à l’atteindre. Il en aura fallu du temps pour creuser, creuser, creuser, mais les efforts ont fini par payer. Un peu comme ce passage Kubrickien (lol) au coeur même de la lampe, Alad’2 contemple le vide dans les yeux, conscient de sa propre vacuité, jamais avare en brassage d’air. Ni pire, ni mieux que le premier, ce nouveau film de Lionel Steketee n’est tout bêtement rien. Rideau.

Toutes les images appartiennent à ©Pathé Films et Emmanuel Guimier.

Alad'2 Couverture du livre Alad'2
Lionel Steketee
Kev Adams, Eric Judor, Vanessa Guide
Pathé Films
3 octobre 2018
19 millions €

Total
27
Shares