Couverture de 22 Miles (Peter Berg, 2018), avec Mark Wahlberg
©Metropolitan Filmexport

22 Miles (Peter Berg, 2018) : la critique

On pensait la collaboration entre Mark Wahlberg et Peter Berg terminée lors de la sortie de Traque à Boston en 2017, conclusion d’une trilogie non-officielle entamée quatre ans auparavant avec Du sang et des larmes, mais il n’en est rien. Cette année, les deux compères sont de retour avec 22 Miles et il se pourrait que ce nouveau long-métrage rejoigne leurs trois précédents travaux pour former une quadrilogie, portée sur l’héroïsme américain…plus ou moins légal.

Bande-annonce

L’avis de Kuru sur 22 Miles, ou quand Berg se rêvait en Greengrass…

Dans une réalité alternative, l’Overwatch n’est pas qu’un simple jeu vidéo au succès insolent. C’est aussi le nom d’une unité spéciale, tenue secrète par le gouvernement américain, que l’on envoie quand la parlotte et l’armée n’ont rien donné. La cinquième roue du carrosse en quelque sorte. Force d’élite aux frontières de l’illégalité oblige, elle est constituée de personnes un peu chelous, très portées sur la violence et les représailles brutales. Ça arrange bien Peter Berg qui, après trois films assez sages, patriotiques et bourrés d’honneur, peut enfin plonger les mains dans le cambouis et parler de choses sales.

Parce que c’est de ça qu’il est sujet ici. Le patriotisme sert toujours de toile de fond, mais il est ici placé entre les mains de fous de la gâchette, prêts à défendre leur pays à n’importe quel prix, y compris en butant du Russe s’il le faut. C’est le point de départ de ce 22 Miles loin d’être finaud mais pas déplaisant à regarder. Le réalisateur a plus que jamais envie de nous faire profiter de son approche réaliste, sèche et brute de la violence, et ça fonctionne dans la plupart des cas. Même s’il ne fait jamais preuve de la maîtrise du montage épileptique de feu Tony Scott ou de la caméra à l’épaule de Paul Greengrass, Peter Berg s’en sort avec les honneurs et met en scènes quelques situations plutôt vénèr, notamment un intense passage dans un immeuble, long de plusieurs minutes.

Malheureusement, cette mise en avant des actions de l’unité spéciale se fait au détriment de sa composition et du scénario. Les personnages sont ici réduits à leur strict minimum, malgré quelques tentatives artificielles de leur donner du relief, et le rythme est si infernal que le film ne prend jamais le temps de raconter la moindre chose. Tout va trop vite, le moindre temps de pause doit être le plus court possible. Ainsi, les enjeux s’effacent constamment au profit de l’action. Dans ce sens, la fin est tellement expéditive qu’on n’est même plus sûrs de savoir de quoi il en retourne. Quelques minutes de plus n’auraient pas été du luxe !

Correct dans sa manière de dépeindre la violence, 22 Miles échoue lorsqu’il s’agit d’impliquer le spectateur dans ce qu’il raconte, alors que son script doit tenir sur une simple feuille A4. On sent que Peter Berg a envie de faire quelque chose de très nerveux et, parfois, la sauce prend vraiment, quand elle n’est pas plombée par tout le reste. On était en droit d’en attendre un peu plus du réalisateur de Deepwater Horizon !

Toutes les images appartiennent à ©Metropolitan Filmexport.

Plus d'articles
Couverture de Searching (Aneesh Chaganty, 2018)
Searching (2018), notre critique : la fibre hitchcockienne ?