parasite bong joon ho
©The Jokers

CANNES x GTP : Parasite, critique

On n’aurait jamais misé sur sa victoire, surtout face à des mastodondes tels Pedro Almodóvar en mode autobiographique. Pourtant, c’est bel et bien Parasite, le nouveau long-métrage de Bong Joon-ho, qui a raflé la Palme d’Or lors du Festival de Cannes 2019, et à l’unanimité qui plus est. Si cette dernière spécificité n’est pas inédite dans l’histoire du Festival, qu’un film sud-coréen reçoive la plus haute distinction l’est un peu plus. Par chance, le public n’a pas eu à attendre longtemps avant de découvrir ce film qui a vraisemblablement ensorcelé l’intégralité du jury d’Alejandro González Iñárritu, et nous par la même occasion !

Le cinéma de Bong Joon-ho a cette capacité unique à sortir d’une simple classification par genre. Tous ses films relèvent presque de l’inclassable tant le metteur en scène parvient à mêler l’immiscible avec une aisance déconcertante. Parasite ne déroge pas à la règle et s’enfonce encore plus loin dans cette logique d’abolissement des frontières pour faire traverser au spectateur le panel d’émotions le plus large possible. Tout commence par le rire, face à ce qui semble être une belle farce. Une famille défavorisée et chômeuse, par la force des choses (et un vrai sens de l’arnaque), intègre la vie d’une famille riche à tous les niveaux : chauffeur, femme de ménage, professeurs particuliers. Simple, efficace.

Forcément, les choses ne se passent pas exactement comme prévu et ce qui semblait être un plan sans accroc opère une rotation à 180° pour se retourner contre ses instigateurs. Dès lors, le film bascule lui aussi vers autre chose, un curieux mix entre du cinéma d’horreur light et un drame social brut. Les rires s’effacent face à une situation en pleine dégénérescence, C’est la parfaite occasion pour Bong Joon-ho de livrer son message, cette charge enragée non pas contre les riches, mais contre la situation de servilité volontaire dans laquelle la société place les plus populations précaires. Jamais le réalisateur ne place l’aisance en Mal absolu, ses représentants sont tout au plus représentés comme des personnes naïves et totalement désensibilisées.

Le film bascule lui aussi vers autre chose, un curieux mix entre du cinéma d’horreur light et un drame social brut.

Parasite cannes palme
©The Jokers

Ce qui va plutôt intéresser Bong Joon-ho, c’est cette obsession pour ce qui brille, cette tendance qu’ont les « pauvres » à courber l’échine pour avoir le droit à quelques instants de richesse, quitte à lutter contre leurs pairs et sans pour autant sortir de leur misère. Il n’y a pas vraiment de responsable, juste de mauvaises habitudes inculquées par une société de plus en plus inégalitaire, dans laquelle il n’y a finalement qu’un seul vrai perdant : le démuni. Parasite capte parfaitement cet état d’esprit et livre quelques scènes terrassantes. On a connu Bong plus optimiste, mais rarement aussi parlant !

Il est difficile de savoir ce qui séduit le plus dans Parasite, qui aligne les qualités sans jamais être pris en défaut. Est-ce son habile mélange des genres, que Bong Joon-ho maîtrise de mieux en mieux ? Ou son discours social puissant et imparable ? Ou encore ses acteurs tous exceptionnels, à commencer par un Song Kang-ho brillant comme jamais ? Non, c'est plus fort que ça : malgré tous les challenges qu'il s'impose, Bong Joon-ho parvient à faire de son film un pur divertissement, un festival de sensations inqualifiables, capable de séduire aussi bien la plus snob des presses que le moins cinéphile des spectateurs. Un tour de force quoi.
4.5
Déroutant

Bande-annonce

Détails

parasite cannes affiche
Date de sortie
5 juin 2019
Réalisateur
Bong Joon-ho
Casting
Song Kang-ho, Lee Sun-Kyun, Cho Yeo-jeong
Distributeur
The Jokers
Budget
-
Notre score
4.5
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