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douleur et gloire cannes
©Pathé

CANNES x GTP : Douleur et Gloire, critique

Auto-thérapie pudique de Almodóvar.

Parler de soi au cinéma peut s’avérer dangereux pour un auteur. La limite du narcissisme n’est jamais très loin et si certains en ont fait leur moteur, comme Woody Allen, d’autres ont préféré rester dans une approche thérapeutique de cet exercice, comme les drames que raconte Nanni Moretti. Pour son retour tant attendu sur la Croisette, trois ans après Julieta, Pedro Almodóvar se livre en toute modestie dans Douleur et Gloire. Déclaration d’amour au septième art et confessions douloureuses, on tient bien là le film le plus sensible du maître de la Movida.

Regarder un film de Pedro Almodovar donne toujours la sensation de survoler les nuages avec un passage obligatoire par les turbulences. C’est d’ailleurs littéralement ce qu’il se passait dans Les Amants Passagers en 2013, toujours dans le cadre d’extravagances et de grandes histoires mélodramatiques. Les couleurs extravagantes et chaleureuses, les portraits de femmes fortes contrastaient avec des scénarios d’une sévère dureté. Almodóvar signe ces films éblouissants depuis les années 80 et il a estimé qu’il était temps pour lui de faire un bilan de sa carrière.

En transformant son acteur fétiche Antonio Banderas en son alter-ego, il se livre aux spectateurs avec un naturel magnifique. Fatigué, Salvador est un réalisateur pour qui tourner semble être devenu une cause perdue. Paralysé par ses douleurs corporelles, constamment torturé par des étranglements et des migraines auxquels s’ajoute une soudaine dépendance à l’héroïne, il va devoir se confronter à son passé pour tenter de reprendre goût à la pellicule. Difficile de ne pas voir l’ombre du cinéaste Almodóvar derrière l’acteur Banderas, comme le montre par ailleurs l’affiche du film où le spectre de Pedro enveloppe la figure de Salvador. Les deux réalisateurs, l’un fictif et l’autre réel, y clament leur fascination pour les femmes, la naissance de leurs désirs et surtout un amour inépuisable pour le septième art. Moteur de rédemption aux vertus thérapeutiques, il est ce qui anime la vie de ces deux réalisateurs obsédés par Marilyn Monroe, le cinéma de Douglas Sirk et Robert Taylor. Et justement, Almodóvar n’oublie pas de faire du cinéma en racontant sa vie.

Difficile de ne pas voir l’ombre du cinéaste Almodóvar derrière l’acteur Banderas.

Brouillant bien entendu la piste entre fiction et réalité, la deuxième force du film vient de la modestie dont fait preuve Almodóvar. Adoucissant son style pour privilégier les émotions, Almodóvar se livre avec subtilité et pudeur. Les événements les plus instinctifs du film, tel un magnifique baiser d’adieu avec un ancien amant, sont livrés avec une telle douceur qu’ils parviennent immédiatement à nous foudroyer. La performance d’Antonio Banderas est à ce titre terrassante. Cabossé par son corps, un plan au début renvoie d’ailleurs à l’intervention cardiaque qu’il a subi, il crève l’écran par son visage nonchalant mais pétri de regrets.

On parle régulièrement de film-testament lorsqu’un réalisateur de renommée se livre aussi frontalement aux spectateurs. Pourtant, Douleur et Gloire semble ignorer cette tradition comme le prouve son ultime plan qui sans en dévoiler d’avantage illustre un amour infini des réalisateurs pour le cinéma. Almodóvar, dont on a souvent considéré ses derniers longs-métrages comme des films mineurs, prouve qu’il a encore de quoi faire du grand cinéma mélodramatique mémorable et poignant. De quoi lui faire enfin gagner une Palme d’Or, on l’espère.
4.5
Palmodóvar

Bande-annonce

Détails

douleur et gloire affiche
Réalisateur
Pedro Almodóvar
Casting
Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia
Distributeur
Pathé
Titre original
Dolor y Gloria
Notre score
4.5
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