cannes dead dont die
Bill Murray, Chloé Sevigny et Adam Driver ©Universal

CANNES x GTP : The Dead Don’t Die, critique

Le rideau du 72ème Festival de Cannes est levé. Par la classe impériale de son maître de cérémonie, le fantastique Edouard Baer, et aussi celle de Javier Bardem et Charlotte Gainsbourg, venus saluer leur ami et président du Jury Alejandro González Iñárritu. Mais c’est surtout le café ensanglanté que boivent les morts-vivants de Jim Jarmusch qui ont tenu éveillés les festivaliers pour cette soirée d’ouverture. À nouveau dans le fantastique après avoir traîné avec des vampires dans Only Lovers Left Alive, le réalisateur signe The Dead Don’t Die, un curieux objet entre exploitation raté du film de zombie et déclinaison hilarante de l’ennui Jarmuschien.

Le vampire campé par Tom Hiddleston dans Only Lovers Left Alive semblait avoir raison lorsqu’il clamait sa haine des humains, les assimilant à des zombies. Ici, Jarmusch surenchérit dans la misanthropie à l’écran en faisant régner les morts-vivants. Fatigués, répétitifs dans leurs actions et souvent haineux, les êtres humains n’ont plus rien à leur envier. Sortis de terre pour manger des humains, mais aussi parler à Siri et boire du café, ils sont là pour passer le message colérique de Jarmusch quant à notre société de consommation. Il se moque de Trump (Steve Buscemi portant une casquette Make America White Again tout en appelant son chien Rumsfeld) et des climato-sceptiques, mais on peut cependant regretter l’appropriation sans originalité du film de zombies. Pire, il prétend avoir inventé le genre en sur-expliquant son message en toute fin de film. Sauf que le Zombie, il existe depuis des décennies et que ce message sur notre hyperconsommation vorace, on le connaît depuis toujours.

Mais ce n’est pas dans cette tentative d’exploitation du genre que The Dead Don’t Die tire tout son sel. Si ce nouveau Jarmusch fonctionne, c’est parce qu’il intègre habilement l’univers déprimant et si tordant du réalisateur. La ville de Centerville, par cette invasion, va faire exploser les limites du contrôle et tout événement sera vu comme absurde dans un calme pourtant presque apaisant. Il va jusqu’à franchir la limite du quatrième mur en parlant de script, de références à Ghost Dog, Paterson et même Star Wars. On se demanderait même si au final, les « morts qui ne meurent pas » ne sont pas tout simplement les personnages Jarmuschien qui reviennent sans cesse dans ses films. Le casting rejoue ici les précédents rôles incarnés chez le réalisateur avec une drôlerie sans précédent. On ne se lassera jamais de voir Bill Murray dans son éternel numéro de Droopy dépassé par les événements et on découvre que la bizarrerie de Tilda Swinton peut avoir son explication dans la résolution du film.

The Dead Don't Die a presque déjoué la malédiction du film d'ouverture cannois, souvent raté. Pour une fois, on savoure cette introduction au festival avec panache et de grands moments de comédie. Car ce n'est pas donné à tout le monde de rendre une salle hilare face à un Adam Driver en Smart. Mais comme à son habitude, cette ouverture présente une copie mineure d'un réalisateur majeur. Trop inabouti pour marquer les esprits, trop conventionnel pour séduire les membres du Jury mais suffisamment dynamique pour passer un bon moment, The Dead Don't Die vous donnera surtout envie de revoir Dead Man ou d'autres films du réalisateur. De plus, il pourrait permettre à un plus large public de découvrir le monde si étrange de Jarmusch, l'homme aux "silver crazy hair".
3

Bande-annonce

dead dont die affiche
Date de sortie
14 mai 2019
Réalisateur
Jim Jarmusch
Casting
Bill Murray, Chloé Sevigny, Adam Driver
Distributeur
Universal Pictures
Budget
-
Notre score
3
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