Cannes au féminin : les films préférés de la rédaction

Cette année, Cannes n’a pas eu lieu en raison d’un fichu virus. En attendant la sélection de Thierry Frémaux pour le début du mois de Juin, on va tout de même vous faire vivre l’ambiance du Festival à notre manière ! Suite à l’initiative des chaînes OCS à offrir une sélection cannoise faisant honneur aux femmes, nous avions eu l’envie de vous partager nos films préférés des réalisatrices ayant marché sur le tapis rouge. L’occasion de souhaiter la bienvenue à Justine, nouvelle arrivante à la team GTP !

Avant de commencer, on se détend avec cette playlist créée pour l’occasion !

Les choix de Victor

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU de Céline Sciamma

On connaît la chanson. Fugere non possum, tout ça, tout ça. Mais il faut reparler de Portrait de la jeune fille en feu ! En compétition Officielle l’année dernière, Céline Sciamma succéda à la géniale Alice Rohrwacher pour le prix du Meilleur Scénario. Dès ce moment, c’est un phénomène mondial qui commença à se créer (au même titre que celui de Parasite).

Ce quatrième film de Céline Sciamma est ni plus ni moins qu’un chef d’oeuvre de romantisme et de romanesque. En racontant l’histoire d’une peintre devant secrètement faire le portrait d’une jeune femme, promise à un mariage qu’elle refuse, la réalisatrice nous fait plonger dans la création d’un regard amoureux, désireux et créateur. Noémie Merlant et Adèle Haenel ont formé un duo iconique pour une nouvelle génération de cinéphilie, plus militante et intéressée par la déconstruction des normes.

L’histoire de Marianne et Héloïse nous touche en plein coeur. Une oeuvre magnifique qui se dessine par de simples regards ; Portrait de la jeune fille en feu parle d’art, d’amour et de féminisme avec une beauté surpuissante.


TONI ERDMANN de Maren Ade

Qu’est-ce qui a pris à Georges Miller de ne pas récompenser Toni Erdmann, véritable sensation de la compétition cannoise de 2016 ? Contrairement aux mauvaises langues, clamant sans aucune honte s’être retrouvées devant un film paternaliste et austère, je considère que Maren Ade a hacké le cinéma d’auteur de l’intérieur. Le film est à l’image de son héroïne, strict et cadré au départ. Mais dès lors que le père de famille débarque pour faire les 400 coups, cette rigidité de la caméra filme un véritable chaos que l’on se remémore avec hilarité et mélancolie.

Toni Erdmann fait parti de ces récits dont on ne sait jamais où est-ce que nous allons nous retrouver à la scène suivante. Un comique hors-du-commun qui autorise ses héros à se lâcher. Voyage fleuve de 2h40, personne ne s’attendait à un tel brio !


Les choix de Jade

A BEAUTIFUL DAY de Lynne Ramsay

Trop vite oublié, et passé trop inaperçu, You Were Never Really Here (A Beautiful Day en version française) de Lynne Ramsay est non seulement l’un de meilleurs films ayant été présenté (et récompensé !) à Cannes, mais aussi l’une des oeuvres qui m’a la plus touchée ces cinq dernières années. Ce n’est pas juste un excellent film ayant remporté le Prix du Scénario. Ni juste une histoire bouleversante interprétée par des acteur-rices au sommet, dont Ekaterina Samsonov, stupéfiante dans le rôle de Nina, et un Joaquin Phoenix récompensé (et qui aurait dû être beaucoup plus encensé pour ce rôle-ci que pour son dernier). Ce n’est pas juste un voyage intime dans la nuit explorant la violence, le traumatisme, et la nature humaine grâce à une mise en scène et une bande originale exceptionnelles. C’est tout ça, et bien plus encore. Et c’est bien plus encore, réalisé par une femme. 

Beaucoup compare le film avec Taxi Driver (tiens ? Encore un autre lien avec le dernier film de Phoenix ,qui voudrait être plus que ce qu’il n’est), et pour cause ! Et alors que j’ai énormément apprécié ce dernier, j’ai aimé You Were Never Really Here d’une force incommensurable. Par son regard, sa perception, sa sensibilité, et sa manière de poser tout cela à l’écran, Lynne Ramsay a plongé et m’a touché là où Scorsese n’avait même pas réussi à gratter la surface.

Ceci étant dit, je n’aime pas jouer le jeu des comparaisons. Le film de Ramsay est son film. Pas un ersatz de celui d’un homme. Elle est est une cinéaste extrêmement talentueuse, en témoigne son We Need To Talk About Kevin, autrement bouleversant. Elle est une artiste complète qui sait ce qu’elle veut et mène sa vision jusqu’au bout, preuve en est: You Were Never Really Here est une oeuvre parfaite (selon moi). La musique, l’image, le propos, le jeu d’acteur-rice; le fond et la forme, tout s’assemble, se complète, se mêle et s’entremêle pour créer une histoire humaine, sombre, et si effrénée qu’elle nous en coupe le souffle.
You Were Never Really Here et Lynne Ramsay méritaient et méritent toujours toute la reconnaissance et les récompenses du monde. Et pour reprendre les mots de Tilda Swinton, Lynne Ramsay est “l’une des rares cinéastes qui crée le genre de films qui n’existerait pas si elle ne les faisait pas.”


RESPIRE de Mélanie Laurent

En sélectionnant les films m’ayant le plus marqué et bouleversé, les deux qui sont immédiatement ressortis sont les deux qui mettent le plus à bout de souffle. Celui-ci nous dit même directement de ne pas oublier de respirer en le regardant. Et accrochez-vous, vous allez avoir besoin d’air. Réalisé par Mélanie Laurent, cette adaptation libre du roman de 2001 d’Anne-Sophie Brasme a été présentée lors de la semaine de la critique de Cannes en 2014. Alors, oui, c’est peut-être un peu de la triche de choisir un film qui n’a pas été en compétition officielle, mais ça n’est pas de ma faute s’il y en a trop peu réalisés par des femmes dans les choix du festival. Ceci dit, les deux actrices principales ont été récompensées pour leur interprétations aux Césars 2015, et le film a eu un retour critique très élogieux notamment sur la dureté de son propos montré avec tant de réalisme et un brin de délicatesse.

Avec Respire, Mélanie Laurent explore les notions d’abus et de perversion narcissique à travers un prisme beaucoup trop oublié lorsqu’il s’agit de parler de relations toxiques: l’amitié. La relative simplicité dans le fond et la forme du film ne signifie pas non plus que tout est laissé au hasard. Comme le personnage de Sarah qui calcule et manipule chaque détail, tout dans l’écriture de cette histoire est pensé. Impeccablement mis en scène, joué, et dirigé, le film est dans une instabilité constante gérée d’une main de maîtresse. On a l’impression de retenir sa respiration pendant une heure et demie. On a l’impression de se tenir sur un fil au-dessus du vide et d’avoir trop peur pour inspirer ou avancer. Mais il le faut, et le film continue.

Si seulement Respire avait été en compétition officielle, je suis persuadée qu’il aurait pu avoir la reconnaissance qu’il mérite. Même si cela n’impacte en aucun cas la qualité du film et sa valeur, voir une telle histoire, si cruelle mais malheureusement si ordinaire, ayant en son centre deux femmes au lieu du classique couple hétérosexuel, et étant écrite et filmée par une femme, être récompensée et avoir de l’attention, aurait pu changer tant de choses. Ou du moins amorcer quelque chose. C’est difficile pour moi de parler de Respire sans m’emballer sur des sujets qui dépasse une simple image sur un écran, mais par son intrigue et son existence même, ce film a su m’apprendre et me faire me rendre de compte de choses qui ont changé ma vie. Alors je suis peut-être naïve (sûrement) ou trop pleine d’espoir (c’est certain) mais j’aime à penser que continuer d’en parler est tout aussi important pour ses futures spectatrices que pour toutes les futures réalisatrices


Les choix de Justine

LA LEÇON DE PIANO de Jane Campion

Comment parler du Festival de Cannes sans parler de Jane Campion ? Seule femme, à ce jour, à avoir reçu la prestigieuse Palme d’Or pour La leçon de piano en 1993. Je me souviens encore du discours poignant de Xavier Dolan au moment de recevoir son Prix du Jury pour Mommy en 2014. Le cinéaste québécois commençait par remercier la présidente de cette 67e édition du Festival de Cannes. Évidemment, c’était Jane Campion. « La leçon de piano est le premier film que j’ai vu et il m’a aidé à définir qui je suis et ce que j’aime. J’ai vu des quantités de films, mais aucun n’a changé ma vie comme celui-ci. Il m’a donné envie d’écrire des rôles pour les femmes. Des femmes magnifiques avec une volonté et une force extraordinaire. Pas des victimes ni des objets. », déclarera-t-il, ému. La leçon de piano est donc de ces films-là : ceux qui changent une vie, un regard.

Cette Palme d’Or est historique non seulement parce que c’est une femme qui l’a remporté mais aussi parce qu’il est l’une des plus belles Palmes d’Or qui m’ait été donné de voir dans ma vie. Ce film est à la fois cinéphile, profondément féministe … Bref : indispensable. En pleine époque victorienne, une femme échoue avec sa petite fille sur une plage sauvage de Nouvelle-Zélande avec pour seul bagage quelques affaires et un piano auquel elle semble reliée comme à son âme. Toutes deux ont été envoyées d’Angleterre car Ada (Holly Hunter), la mère, doit se marier avec un riche colon vivant sur l’île. « Je ne me sens pas silencieuse, sans doute à cause de mon piano », dit la voix intérieure d’Ada au début du film. En réalité, les notes qui sortent de son piano représentent pour l’héroïne son unique moyen d’expression. Car Ada ne parle plus depuis l’âge de six ans suite à un événement traumatique. Des silences avec lesquels l’actrice Holly Hunter fait corps. Elle recevra d’ailleurs pour ce rôle le prix d’Interprétation à Cannes. Impossible d’oublier la prestation des comédiens tout comme la musique envoûtante, pure, majestueuse de Michael Nyman qui s’élève à chaque fois que les doigts d’Holly Hunter, actrice mélomane, caressent l’ivoire des touches … On croirait un rêve tant ce film est beau. À cette musique inoubliable se superpose des plans grandioses de la nature néo-zélandaise aussi luxuriante et confuse que les sentiments des personnages.

Dès la première rencontre entre Ada et son mari Stewart joué par Sam Neill, tout l’enjeu du film est déjà là : dans leur regard, leur façon de se jauger. Quand le mari inspecte sa future épouse tel du bétail, le voisin Baines (Harvey Keitel), qui vit à l’écart des Blancs tel un Maori, s’attache davantage à comprendre ce que ressent cette femme au fond d’elle-même. L’un voit le corps, l’autre l’âme. Et c’est tout le propos du film, précisément.

S’en suivra une forte évocation de la sexualité féminine, plaisir interdit à cette époque. En cela, le film traite aussi des rapports entre les hommes et les femmes au XIXe siècle, de l’impossible conciliation entre la culture traditionaliste à laquelle ils ont été éduqués et leurs désirs pulsionnels. Tout au long du film, le piano symbolise autant la voix d’Ada que ses propres sentiments naissants. Véritable héroïne romantique devant l’éternel comme l’est sa musique, Ada est une grande amoureuse et sa volonté est sans limites. Elle ne se laisse rien dicter sous ses apparences de petite fille à une époque où les hommes se sentent propriétaires du corps des femmes, précisément. Le drame est attendu et je défie quiconque de ne pas en être bouleversé. La leçon de piano est un film ravageur qui vous laisse en miettes, éprouvée et essoufflé tant il vous prend la gorge et ne vous lâche plus. C’est un film puissant, plein de fureur, de sensualité, de passion, de larmes, de sang et de boue. C’est un film sur la violence des sentiments, à la fois bruts, contradictoires et qui vous marque au fer rouge… C’est un portrait de femme comme il y en a peu.  

MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola

Il y a beaucoup de femmes inspirantes et inspirées qui ont gravi les marches du Festival de Cannes. Sofia Coppola est l’une d’entre elles. Dès son puissant premier film Virgin Suicides en 1999, la fille de Francis Ford Coppola est nommée à la Semaine de la Critique. Avec ce premier long-métrage sidérant de pureté sur les affres de l’adolescence, la réalisatrice donne déjà le ton de ses obsessions. Elle sera la cinéaste du féminin et du mélancolique par excellence. 

Sofia Coppola est sans doute l’une des réalisatrices au monde qui sait le mieux filmer le rien. Des jeunes filles en fleur cherchent le bonheur et l’accomplissement à travers des plaisirs artificiels et consuméristes pour mieux cacher l’empire du vide qui vacille sous leurs pieds. Voilà souvent ce que dépeint la cinéaste. Alors quand la réalisatrice s’intéresse à Marie-Antoinette en 2006, elle fait bien évidemment péter le corset ! Douze ans avant Yórgos Lantimós et sa sublime Favorite, elle parvient à faire résonner le XVIIIe siècle avec le contemporain au point de parfois tomber dans l’anachronisme le plus total. Dès le générique de début à la typographie new have, on était prévenu : ceci n’est pas une œuvre d’époque classique. Mais c’est justement ce que j’aime tellement dans ce film : tout ce que les critiques lui avaient tant reproché à sa sortie, précisément. À savoir son refus des convenances, sa profonde modernité et cette façon de transporter un personnage historique dans son propre univers … Mais c’est aussi ça le travail de tout bon cinéaste : s’approprier le réel, donner sa propre vision sur le monde. Le cinéma n’est pas un livre d’histoire, il ne doit ni être exact ni exhaustif. C’est aussi ce qui fait sa beauté. Avec Sofia Coppola, tout est possible. C’est sûrement ce qui rend son cinéma si inventif et personnel à la fois. Des paires de Converse au milieu des souliers de la reine ? Mais pourquoi pas ! Marie-Antoinette qui pleure sur ses amours mortes au rythme des Strokes ? Forcément sublime ! C’est justement cet avant-gardisme résolu dans le traitement des images d’époque qui rend le film si intemporel bien des années après. Les plans sont aussi léchés que des couvertures de magazine. Comme un bonbon pop acidulé, le film est léger comme une sucrerie. Et pourtant, il dépeint l’histoire d’une femme définitivement malheureuse. Le malheur est grandiose chez Coppola. Avant d’être cette reine haïe de tout un pays pour ses dépenses vertigineuses, qui était vraiment Marie-Antoinette ? Telle est la question posée par le troisième film de la réalisatrice américaine qui tente d’ausculter les sentiments de la dernière reine de France. Une reine enfant interprétée magnifiquement par l’une de ses actrices fétiches : Kirsten Dunst (toujours aussi magnétique). Et la réponse est sans appel : une adolescente de 14 ans arrachée à sa famille viennoise pour être mariée à un homme qu’elle ne connaît pas et à une cour cruelle qui commente chaque pan de sa vie intime pour mieux distraire son ennui. Un agneau propulsée dans la cage aux lions, donc. 

Marie-Antoinette reprend donc les thèmes de prédilection de Sofia Coppola : la quête adolescente et l’inadaptation d’un personnage à un univers étranger, souvent hostile. Pour tromper l’ennui, la reine se laisse happer par le luxe et les vanités de la Cour de France comme n’importe quelle adolescente le ferait. Et là est sans doute la force de ce film : voir la petite fille naïve derrière la reine du déficit enfermée dans sa prison dorée. Si les historiens ne sont pas d’accord avec cette interprétation sensible du personnage de Marie-Antoinette, il n’y a qu’une chose à répondre : c’est du cinéma, ni plus ni moins. Alors laissez-nous rêver.


Les choix de Charlotte

MON ROI de Maïwenn

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, et je salue le choix de Jade pour Respire de Mélanie Laurent. De mon côté, lorsqu’on me dit « réalisatrices et Cannes », je pense également à Maïwenn, à Polisse, qui a reçu le prix du Jury, mais surtout à Mon Roi, pour lequel Emmanuelle Bercot a obtenu le prix d’interprétation féminine en 2015 (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). C’était amplement mérité, elle se met complètement à nue pour sa réalisatrice, dans un rôle qui n’est pas écrit pour la mettre en valeur physiquement, ce qui aujourd’hui encore n’est pas une évidence pour tout spectateur. Impossible de ne pas saluer sa performance.

Mon Roi parle de manière très juste d’une relation amoureuse destructrice et toxique. Sous forme de retour en arrière sur dix ans, nous revivons l’histoire, et comme Tony, complètement meurtrie physiquement et psychologiquement, nous essayons de comprendre, de comprendre comment deux personnes peuvent en arriver là. Cette histoire est aussi simple et tristement banale que ce constat : « J’aime une personne qui ne me convient pas ». Les personnages de Tony et Georgio sont remarquablement écrits, et les dialogues incisifs font mouche. Aucun temps mort, aucun répit accordé : nous passons sans arrêt d’un extrême à l’autre, entre des moments qui donnent mal au ventre, et d’autre véritablement drôles. Les seconds rôles sont soignés également (même si j’ai cu comprendre à l’époque que certains fatiguaient de voir Louis Garrel partout).

Il y a quelque chose de viscéral, presque d’organique au film, et pourtant une prise de recul remarquable sur le sujet, qui émeut et qui fait que Mon Roi méritait toute sa place en compétition et au palmarès.

Alors à quand le prochain film de Maïwenn à Cannes ? Car ça lui réussit beaucoup !


PAPICHA de Mounia Meddour

Il faut beaucoup de courage, encore aujourd’hui, pour faire un film comme celui-ci. Sélectionné dans la section « Un certain regard » en 2019, Papicha, censuré en Algérie, raconte l’histoire de Nedjma, une étudiante qui, à l’époque de la guerre civile algérienne, refuse de renoncer à une vie de jeune femme émancipée. Elle veut faire carrière dans l’univers de la mode. Une posture qui la conduit à découvrir comment on peut être rapidement considérée comme une « insurgée » par des radicaux religieux, hommes comme femmes.

Le film a été depuis récompensé aux César, en tant que meilleur premier film, et Lyna Khoudri a été sacrée meilleur espoir féminin (oui il n’y a pas eu que la honte Polanski, heureusement). Mounia Meddour a également reçu le prix Alice Guy 2020 du meilleur film réalisé par une femme.         Si le film a, vers son milieu, un problème de rythme, et s’il peut être ressenti comme un peu démonstratif par moments, Papicha n’en demeure pas moins une histoire bouleversante, nécessaire, portée par une interprète lumineuse. En vérité, toutes les actrices qui l’entourent le sont également, et Papicha n’est jamais plus marquant que dans ses scènes collectives. Il s’en dégage une révolte, un besoin d’exister, qui est porteur sans jamais verser dans l’idéalisme. A découvrir sans hésitation !


Le choix d’Amaury

AMERICAN HONEY de Andrea Arnold

Tout comme mes camarades, j’ai énormément d’intérêt pour le cinéma de Maïwenn, Sofia Coppola, Céline Sciamma et Lynne Ramsay. Tout a été dit sur Mon Roi et Portrait de la jeune fille en feu, inutile d’en rajouter une couche sur Polisse ou encore We Need to Talk About Kevin. C’est pourquoi je choisis d’évoquer Andrea Arnold, seule personnalité (avec son comparse britannique Ken Loach) à avoir décroché le Prix du Jury à trois reprises.

Parmi ses films récompensés, American Honey est un portrait extraordinaire du Midwest américain, de ses populations white trash et surtout de sa jeunesse. Caméra à l’épaule, la cinéaste nous embarque en road trip auprès d’une bande de paumés en quête de liberté. Sur fonds de trap et de pop entêtante, une rencontre torride enflamme la pellicule : celle de Sasha Lane (une révélation) et du borderline Shia LaBeouf, dans un rôle tellement habité, sauvage et fascinant que tout le film semble avoir été créé autour de l’acteur. Plus que du cinéma, American Honey, c’est de l’ultra-réel, une coulée de vie et de rapports de force entre les personnages pendant près de près de trois heures. Bienvenue dans un monde parfait.

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Un dossier réalisé par Amaury Foucart