Ça : Chapitre 2, la critique

Devenu le film d’horreur le plus lucratif au box-office mondial, le premier volet de Ça s’est démarqué par ses allures de grand blockbuster de l’horreur. Une ambition qui s’est confirmée avec ce second volet, toujours réalisé par Andy Muschietti, qui va transformer l’oeuvre de Stephen King en une production aux mêmes ingrédients que la pire des productions Marvel.

On assiste avec ce deuxième chapitre à la création d’un nouveau genre au nom digne d’un oxymore : l’épouvante inoffensive. Si on excepte la première séquence du film, effroyable lynchage homophobe dont est victime le pauvre Xavier Dolan à l’écran, le reste se vit comme un vulgaire tour de train fantôme. Pas quelque chose d’aussi terrifiant que le Tower of Terror à Disneyland mais plus du tour minuscule à la fête foraine du village. On esquisse un sursaut devant les apparitions de Pennywise mais, contrairement au Club des Losers qui ne s’en rend compte qu’en toute fin de film, ce à quoi nous sommes confrontés pendant trois heures ennuyeuses n’est juste qu’un clown cabotin aussi effrayant que Krusty des Simpson.

L’horreur, aussi glauque qu’il aurait pu apparaître dans ce deuxième chapitre, ne mérite pas d’être balayé sous le tapis au profit d’un humour vaseux.

Il y a une touche de mauvaise foi dans ce qui vient d’être dit mais le film ne facilite pas l’indulgence. Inspiré par les succès colossaux des grosses productions Marvel, Ça – Chapitre 2 abandonne toute conséquence pour un retour constant vers le gag. Ainsi lors d’une scène qui aurait pu effrayer le plus Adrien Monk des hypocondriaques, le film place le Angel of the morning de Juice Newton comme un effet de décalage censé détendre l’atmosphère. Dans un autre genre, le climax du film censé être un point culminant de terreur se permet d’inclure des blagues basés sur un chien tout mignon. Voilà de quoi rappeler les blagues sur le Thor s’éclatant à Fortnite alors que les Avengers ont subi une défaite gigantesque dans Endgame. Cette référence aux films de Marvel n’est pas là pour les dénigrer. Dans un film où des super-héros s’affrontent contre des créatures d’autres galaxies, on comprend que l’intérêt de l’humour est de divertir et rassurer son audience sauf qu’ici, nous sommes devant ce qui est censé être un film d’épouvante. L’horreur, aussi glauque qu’il aurait pu apparaître dans ce deuxième chapitre, ne mérite pas d’être balayé sous le tapis au profit d’un humour vaseux.

Ça : Chapitre 2 : Photo Bill Hader, Isaiah Mustafa, James McAvoy, James Ransone, Jay Ryan (III)

La comparaison avec Avengers dans Ça n’est pas uniquement présente pour son humour hors-propos. Prenant aussi la durée des trois heures de Endgame, le film va préférer séparer son Club des Losers pour que chaque personnage ait droit à sa grande scène, son moment de terreur, sans que les angoisses provoquées par Pennywise approfondissent leurs développements. L’exemple le plus flagrant est le traitement réservé à Richie. Devenu comédien de stand-up, le plus blagueur de la bande voit sa crainte de voir son homosexualité révélé au monde entier moqué par le clown. Une fois cela dévoilé aux spectateurs, un traitement plus profond du personnage aurait pu la sortir de sa coquille d’éternel moqueur. Pareil pour le deuil inabouti de Bill, du traumatisme de Beverly ou du manque de confiance en soi de Ben. Sauf que tout semble plat et rien n’est fait pour accompagner ces héros dans ce processus de guérison, misant tout au final sur les blagues.

N’oublions pas aussi que Pennywise a réussi à transformer notre plus grande peur de cinéphile en une réalité : Le talent définitivement disparu de Jessica Chastain et James McAvoy. Eux qui sublimaient jadis la caméra de Terrence Malick ou Danny Boyle sont employés à faire le strict minimum dans des grosses productions sans âmes. Après l’effroyable X-Men : Dark Phoenix en juin dernier, les deux se retrouvent dans une autre franchise à grand budget et subissent à nouveau le syndrome Space Jam : L’intégralité de leur talent de comédiens se voit aspirée pour apparaître sans âme à l’écran. Peut-être qu’elle est là, la véritable horreur du film…

Inoffensif
Les ballons de Pennywise éclatent rapidement pour nous épuiser dans cette conclusion interminable. Cet overdose de terreur spectaculaire peine à nous terroriser. On espère, pour la Warner, que la carte "Doctor Sleep" permettra de nous refaire peur à nouveau sur grand écran avec Stephen King.
1.5
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