bloodshot avis
© Sony Pictures

Bloodshot : l’art de mettre du sang dans son Vin

Les annonces successives de Vin Diesel en figure de proue, du criminel derrière Kick-Ass 2 à l’écriture et d’une malheureuse classification PG-13 ne seront pas venues à bout de notre envie de découvrir Bloodshot, le film, première incursion de l’écurie Valiant sur le grand écran (ou le petit, c’est selon). Il faut dire que le bougre, dans sa version papier, a profité ces dernières années de l’immense talent de Jeff Lemire, auteur de sa renaissance à travers un run mémorable, disponible partout sous le nom Bloodshort Reborn (puis Bloodshot Salvation). Tout ça pour dire qu’il y avait de la matière pour faire de Bloodshot un personnage cinématographique digne de ce nom, une petite pépite de SF façon série B décomplexée. Un Dredd sous nanites, un Riddick aux yeux rouges, un John Wick en treillis. Bien évidemment, il n’en est rien.

Débile sanguin

En route pour les Razzie !

Soldat hors-pair et éternel romantique, Ray Garrison revient tout juste de mission lorsqu’il est kidnappé avec sa compagne par un Toby Kebbell cabotin comme jamais. En moins de deux, il se fait flinguer avant de revenir à lui dans un laboratoire sophistiqué, où il découvre toute la galerie de personnages secondaires à qui il aura affaire. Sur place, on lui annonce que son sang est maintenant parsemé de nanites, des petites créatures robotiques capables de démultiplier ses capacités et de régénérer toutes ses plaies. Forcément, quand on est voué à accomplir quelques assassinats pour le compte de l’entreprise qui vous a ressuscité, ça peut s’avérer utile. Si l’idée de base des comics Bloodshot est bien là, le film de Dave Wilson ne vas jamais plus loin et se contente de dérouler mollement sa panoplie de codes vus et revus dans tous les films d’action médiocres de la planète.

Mais le fait est que Bloodshot est un personnage sombre et torturé, et que le priver de cette noirceur le vide de toute substance.

Le patron machiavélique, les techos rigolos, la collègue un peu bonnasse, le rival méprisant, tout y passe, alors que les quelques tentatives de désamorcer ces clichés ne prennent jamais. Pire, elles viennent renforcer la paresse du scénario, incapable de proposer autre chose que quelques blagues grivoises et un supplément de niaiserie en veux-tu en voilà sur un personnage qui n’en avait absolument pas besoin. On comprend l’envie des gros studios d’aseptiser les personnages les plus sombres pour en faire des figures super-héroïques appréciables par tout le monde. Mais le fait est que Bloodshot est un personnage sombre et torturé, et que le priver de cette noirceur le vide de toute substance.

bloodshot critique
Dom Garrison ou Ray Toretto

C’est hélas ce que fait ce Bloodshot, qui parvient à peine à combler cette trahison de « l’esprit Bloodshot » (ou tout du moins l’esprit Valiant, qui on le rappelle est la seule vraie alternative super-héroïque à Marvel et DC) par sa mise en scène, convenue et générique. Si on mettra de côté les effets spéciaux souvent désastreux, nous ramenant tout droit 10 ans en arrière, impossible de passer sous silence la platitude de l’action. En dehors d’un sympathique moment de gloire au beau milieu du film, impliquant quelques fusées éclairantes et deux ou trois kilos de farine, Bloodshot tourne en mode pilote automatique. Vin Diesel distribue les pains sans grande conviction et nous ressort les mêmes mimiques que Dom Toretto. Difficile de lui en vouloir, c’est aussi pour son incapacité à exprimer la moindre émotion en dehors de ses grognements que l’on aime ce non-acteur.

bloodshot avis
Raymond sans famille
Bloodshot est une énième preuve que rentrer dans le même moule que tout le monde n'est pas forcément une bonne idée. Avec ses ralentis dégueulasses, ses envolées lyriques façon grande section, son méchant qu'on oublie avant même que le générique soit terminé, la première réalisation de Dave Wilson ressemble à tout. Par extension, il ne ressemble donc à rien. Un bien piètre départ pour un univers littéralement mort dans l'oeuf, tant le film se vautre au box-office. "Cheh".
1.5

Bande-annonce

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart