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Birds of Prey : quand hyena que pour Harley ?

En 2016, Warner Bros introduisait pour la première fois au cinéma des personnages de DC Comics qui ne sont ni Batman, ni Superman (ni Jonah Hex, accessoirement), avec en tête une idée simple : proposer autre chose que du gentil (et surfer sur le succès de Deadpool, accessoirement²). Ainsi naissait l’Escouade Suicide, composée pêle-mêle de Tirmort, de Tueur Croco ou encore du boule de Harley Quinn. Une Escouade Suicide pour une mission suicide ratée, sauf si la cible était le peu de créativité qu’il restait dans les tiroirs de la Warner. Désastre. Il aura fallu attendre quatre longues années pour laisser une nouvelle chance au postérieur de Margot Robbie, cette fois-ci accompagné du reste du corps et filmé à hauteur de femme. Une même héroïne pour une nouvelle bande, du décalage et des couleurs ? Ça sent le réchauffé. Sauf que promis, juré, craché : cette fois, c’est pas pareil.

Castor allumé

On a beau le critiquer avec une facilité déconcertante, le Deadpool de Tim Miller et sa suite directe ont comme qui dirait ramené un peu de fraîcheur dans le paysage super-héroïque. Rien de surprenant à ce qu’un film basé avant tout sur Harley Quinn en reprenne les codes narratifs sans la moindre gêne, le personnage version comics étant capable de briser le quatrième mur pour s’amuser avec la narration. Birds of Prey prend exactement le même chemin que le « merc with a mouth ». Harley Quinn nous raconte l’histoire de son point de vue, ce qui ne se fait pas sans une certaine confusion. Le film use et abuse d’une temporalité éclatée, n’hésitant pas à enchaîner les flashbacks et les flashforwards pour {option A : faire durer le plaisir / option B : palier la faiblesse du scénario}. Parce qu’il faut l’admettre, Birds of Prey n’a pas grand chose de très captivant à raconter. On y parle d’une fortune volée, d’un diamant à récupérer et d’un couple brisé. En réalité, plus que l’histoire racontée, c’est les procédés utilisées qui nous intéressent ici. Bien que l’influence de Deadpool se fasse grandement ressentir, Birds of Prey peut se targuer de faire la différence sur au moins un point bien précis : il est inventif.

harley quinn birds of prey
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Toujours est-il que c’est ce côté foutraque qui donne à Birds of Prey toute sa saveur, sans pour autant que sa cohérence n’en patisse.

On ne parle pas d’écriture, mais bel et bien de mise en scène. Les films de super-héros ne sont pas connus pour être les plus cinématographiquement marquants, Scorcese n’arrête pas de nous le répéter. Néanmoins, Birds of Prey tente des choses. N’allez pas vous imaginer qu’on y retrouvera quelque chose du niveau de l’introduction audacieuse de Uncut Gems des frères Safdie, loin de là. D’ailleurs, cette espèce de ratatouille d’idées visuelles donne un côté foutraque au film de Cathy Yan qui fera fuir les détracteurs du cool forcé. Toujours est-il que c’est ce côté foutraque qui donne à Birds of Prey toute sa saveur, sans pour autant que sa cohérence n’en patisse. Le film profite d’une personnalité assez unique dans un paysage super-héroïque toujours plus formaté. Il n’hésite pas à marier des couleurs improbables, recouvrir la toile de paillettes, faire cohabiter une hyène et un castor empaillé, insérer un morceau musical en plein milieu d’une scène de torture, empiler les cadavres sans se soucier des conséquences. C’est un véritable régal pour les yeux et les oreilles, bien aidé par une sélection délicieuse de gloires passées et actuelles.

birds of prey critique
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(S)huntress

Plus surprenant encore, la répartition du temps d’écran entre les différents personnages est plutôt équilibrée. On craignait de voir Harley Quinn bouffer ses copines, mais ce n’est pas le cas. Elle est bien sûr prédominante dans l’intrigue, puisqu’il s’agit avant tout de son histoire et qu’elle est la narratrice chaotique du film. Pour autant, Black Canary, Renee Montoya et même Cassandra Cain ont toutes de nombreuses scènes qui leur sont consacrées. Reste Huntress, la grande oubliée de ce film. Le personnage de Mary Elizabeth Winstead n’a pas le temps d’exister à l’écran, au point d’être reléguée derrière le grand méchant Black Mask, incarné par un Ewan McGregor tout en cabotinage. C’est bien là probablement le plus grand tort du film, qui dans son envie de tout fracasser ignore malgré lui les dommages collatéraux.

Des hauts en couleur
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il se trouve qu'une réalisatrice peut mener à bien un projet de A à Z, le faire tenir debout et même le rendre sympathique. Dingue. Sexy sans être sexualisées, les héroïnes de Birds of Prey sont flamboyantes devant la caméra de Cathy Yan, qui semble s'éclater à mettre en scène ce bordel organisé. Un spectacle fun, coloré et sans conséquence qu'on ne peut que recommander aux amateurs de propositions bariolées.
3.5
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