Anna, la critique

Retardé à cause des tourments judiciaires de son réalisateur, ANNA de Luc Besson tombe après #MeToo et suscite plus le malaise que les frissons du grand spectacle. Il témoigne aussi de la perte d’inspiration d’un cinéaste jadis prometteur du cinéma français, qui se contente ici de reprendre les clés de ses premiers succès. Pour faire simple, une jeune femme est manipulée par une organisation afin de commettre des meurtres en série, ça ne vous rappelle rien ?

A l’ère où les remakes envahissent le marché des grosses productions, Luc Besson rejoint la tendance sans vraiment l’assumer avec Anna, recopiant une autre héroïne finissant en -A, Nikita. Tout le cheminement de l’héroïne plagie sans aucune honte le film de 90 : Un braquage qui tourne mal pour une héroïne en dérive, un homme mystérieux va la recruter au sein d’une organisation (ici, le KGB) pour ses compétences en bagarre. D’ailleurs, remplacer le charisme de Tchéky Karyo par le jeu monolithique de Luke Evans n’aide en rien pour calmer l’agacement devant ce constat de plagiat. Mais qu’en est-il de Anna, personnage éponyme incarné par Sacha Luss ? Parvient-elle à se démarquer de l’héroïne jouée par Anne Parillaud ?

Sacha Luss

Comme dans toute production EuropaCorp : Elle n’existera qu’à travers le sexe, le regard des hommes et les flingues.

Non seulement, la copie de Nikita livre un personnage peu inspiré mais pire encore, elle existe seulement à travers un regard masculin particulièrement dérangeant. On a jamais connu le réalisateur comme un grand féministe mais alors là, on atteint des sommets de malaise devant ce qu’il dévoile de son héroïne. Besson conçoit ses personnages féminins comme des fantasmes et Anna ne déroge malheureusement pas à la règle. Comme dans toute production EuropaCorp : Elle n’existera qu’à travers le sexe, le regard des hommes et les flingues. Et ce n’est pas cette intrigue de liberté souhaitée qui nous fera changer d’avis à ce sujet, servant juste de cache-misère. Le comble sera au moment où il tente de dénoncer les pratiques douteuses des photographes de mode, pastichant outrageusement Terry Richardson. Quand on est accusé à son tour, il serait mieux de faire profil bas Luc…

En revanche, rien de perdu en ce qui concerne la réalisation, c’est toujours aussi plat que d’habitude. Quand on pouvait y voir un semblant d’ambition dans ses premiers films, avec une esthétique proche du clip-vidéo qu’on adulait dans les années 90, cette ambition a dégénérée au fil du temps en une triste indifférence de la part de la caméra. Rien dans la mise-en-scène de Anna nous transcende. Les scènes de combats, seuls moments où la caméra est en mouvement, pompent Atomic Blonde et John Wick. Le reste, production TF1 oblige, n’est que champ/contre-champs au service d’une intrigue ridicule. Accumulant les twists prévisibles de manière outrageante, le film devient très vite irrécupérable, prenant au pied de la lettre la figure de la Poupée Russe sur deux heures de film.

ANNA marque définitivement la fin de l'ère Besson. Sorti dans l'indifférence totale, cette pâle copie de NIKITA fait de la peine à voir. Jamais le manque d'inspiration d'un cinéaste fût aussi violent à l'écran et il est d'autant plus angoissant d'y voir Besson exposer ses éternels fantasmes comme unique moyen de réparer cette absence d'originalité.Pour conclure : N'allez pas voir ANNA mais restez chez vous découvrir un film similaire mais plus détonnant : RED SPARROW. Thriller old-school signé Francis Lawrence, ce film noir avec Jennifer Lawrence frappe par sa violence insoutenable et le mystère qu'il en dégage.
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Misogyne
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