Ad Astra, la critique

Après le film de mafieux, le film d’époque et le film d’aventure, James Gray implante son classicisme inégalable au sein de l’espace infini. Dans Ad Astra, Brad Pitt surmonte des situations impossibles dans la galaxie pour régler son daddy issue. Sublime dans sa dépression interstellaire, ce voyage titanesque est un bijou d’austérité spectaculaire.

Il n’y a pas de doute sur le fait que Ad Astra est la représentation la plus spectaculaire du cinéma de James Gray. C’est d’ailleurs en cela que cette superproduction 20th Century Fox est tout le contraire d’un blockbuster divertissant. On suppose que durant la production, le réalisateur s’est comporté comme le personnage principal campé par Brad Pitt et a mené ce qu’il voulait produire jusqu’au bout quitte à agacer son entourage. Le geste produit par Gray en tant qu’auteur radical paraît ici comme un miracle.

Et si l’ombre de Coppola plane encore et toujours dans cette épopée spatiale, James Gray filme l’espace comme aucun ne l’a fait auparavant.

On le sait : Depuis ses débuts, James Gray a toujours été tiraillé entre l’héritage de ses pères spirituels réalisateurs et son souhait de changer ses influences en les modernisant. Cela se voyait concrètement dans The Yards, où un tout jeune Mark Wahlberg échappé des Funky Bunch devait trahir sa famille criminelle. Une hésitation permanente tout le long de sa filmographie qui a suscité les railleries de la critique. Il suffit de revoir comment l’injustement sous-estimé The Immigrant avait été reçu au Festival de Cannes de 2013. Pourtant, en dépit de ces influences plus que évidentes à l’écran, il y avait toujours dans le classicisme de Gray des pattes thématiques qui témoignaient de la présence d’un auteur et non d’un copieur : L’absence paternelle, la solitude et la recherche d’un paradis perdu. Et si l’ombre de Coppola plane encore et toujours dans cette épopée spatiale, James Gray filme l’espace comme aucun ne l’a fait auparavant.

Ad Astra appartient bien à notre époque, capable de transformer l’optimisme de la conquête spatiale en un véritable cauchemar. Ce drame intime mené de main de maître par Brad Pitt prolonge la marche funèbre de Neil Armstrong dans First Man l’an passé. La bonne humeur d’un Space Cowboys, auquel on repense forcément à cause de la présence au casting de Tommy Lee Jones et Donald Sutherland, est définitivement révolue. Car l’odyssée du lieutenant Roy McBride, voyageant de planète en planète à la recherche d’un père perdu de vue, n’a rien d’épique à l’écran. Tout respire la mort à chaque instant. Elle est une menace immédiate pour la Terre entière et tous les personnages y sont confrontés d’une manière ou d’une autre, que ce soit par un accident ou l’attaque d’un singe de laboratoire. De ce fait, le calme du film le rend irrespirable. Ce voyage mental, ramenant à Martin Sheen dans Apocalypse Now (Coppola, encore), terrifie par son austérité parsemée de moments surprenants par leur horreur. Son anti-spectaculaire confine Brad Pitt dans son intimité et ses pensées. Ici, l’homme solitaire des films de James Gray réapparaît de façon hyperbolique dans Ad Astra. Si Leonard de Two Lovers était envoyé dans l’espace, il se serait réincarné en la figure mutique d’un Brad Pitt magnifique, le visage marqué par le temps et la solitude.

James Gray revient pour nous mettre des étoiles plein les yeux. Ce voyage dépressif au coeur de la solitude risque de vous hanter par une universalité qui résonnera en chacun des spectateurs. L'expérience ne sera pas facile, c'est sûr, mais "Ad Astra" fait parti de ces films qui nous récompensent à la fin de la séance.
4
Sublime
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