À couteaux tirés, la critique

Un manoir, une riche famille et un assassinat : la formule classique d’un Whodunit en bonne et dû forme que Rian Johnson va tenter de déconstruire avec « À couteaux tirés ». Il est bien sûr écrit « tenter » car malgré son casting carte Gold et une première excursion dans le genre avec Brick en 2005, Johnson est coupable d’avoir oublié de rendre le spectateur complice de cette satire politique inoffensive tournant à vide.

Il y a quelque temps était évoqué sur ce blog la sympathique récré sanglante qu’était Wedding Nightmare, où une jeune mariée réglait ses comptes avec une famille bourgeoise aux jeux horrifiques. Un cinéma de genre mainstream qui ne se privait pas de régler les comptes des élites avec entrain et divertissement. Ici, Rian Johnson espère reproduire quelque chose du même genre. Avouant lui-même s’être inspiré de la hate Twitter sur son pourtant intéressant volet de Star Wars, il ne va pas y aller par quatre chemins pour faire de son film un réquisitoire contre une Amérique sans pitié dans ses privilèges. Malheureusement, il utilise mal les deux armes qu’il possède pour mener à bien ce combat revanchard s’avérant au final puéril : un casting de grande classe (on a quand même Jamie Lee Curtis, Daniel Craig, Christopher Plummer, Ana de Armas, Don Johnson, Chris Evans, Lakeith Stanfield, Toni Collette et Michael Shannon !) et le genre du polar.

On le sait, Rian Johnson est un cinéaste de la déconstruction. Depuis toujours, il est obsédé par l’envie de parasiter des codes pré-établis du cinéma contemporain. Son seul problème est qu’il rend cet exercice de style souvent trop froid pour convaincre le public de sa démarche. L’incursion du film-noir dans le teen-movie aurait pu faire des étincelles dans Brick si l’ensemble ne paraissait pas trop artificiel. L’alliance entre polar et comédie ne fonctionne pas ici tant le déséquilibre entre les tons paraît déplacé. La palme de l’idiotie revenant à un gag récurrent sur le vomi que ne renierait pas l’équipe des Nuls mais qui n’a rien à faire là. Ce crime de l’ennui est récidivé dans ce Cluedo pour Millenials. Au bout de quelques minutes, le cinéaste semble déjà ne plus avoir rien à dire sur son sujet et va bloquer sa mécanique. Résultat, on assiste à un jeu de massacre paresseux sur ce que l’on appelle l’Amérique de Trump, rempli de personnages caricaturaux dans l’écriture uniquement destiné à illustrer des memes sur Twitter.

Excluant
Au final, À Couteaux Tirés donne l'impression d'aller à une grande fête à laquelle nous n'étions forcément invité. Rian Johnson s'amuse avec ses amis acteurs et tant mieux pour lui, mais il aurait été plus sympa de sa part de nous proposer autre chose que d'assister à sa revanche politique convenue.
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