6 Underground, la critique

Netflix enchaîne les films d’auteurs événements. Il y a eu Martin Scorsese et son requiem pour les mafieux, la psychanalyse à vif de Noah Baumbach et maintenant les grosses explosions de Michael Bay. Oui, oui, Michael Bay fait du cinéma d’Auteur avec un grand A et 6 Underground s’offre à nous comme une preuve formelle de cela. On vous prévient : c’est un chef d’oeuvre de connerie testostéronnée qui s’assume comme tel et qui a fait plaisir à la bande de GTP fan du bonhomme.

Il ne faut pas aller chercher plus loin. En signant pour Netflix, Michael Bay a trouvé une opportunité pour dépasser les limites à 1000 kilomètres par heure. Il ne se prive même pas de le dire dans sa séquence d’action inaugurale complètement ubuesque : suite à une rencontre houleuse avec la Mafia à Florence, la bande de bras cassés que nous suivons entame une course-poursuite complètement débridée. Toute la force du mauvais goût s’explose dans ce feu d’artifice spectaculaire : des plans ralentis sur des chiens, un remix de Carmina Burana qu’on croirait sortie de la fête foraine du village et du gore slapstick à tout va. Et bien sûr, des explosions, beaucoup d’explosions. En 20 minutes renversantes, Michael Bay annonce magnifiquement qu’il va envoyer valser les normes de bienséances. 6 Underground, c’est du cinéma d’action complètement sale et con comme la lune. Et c’est un régal.

C’est débile, ça n’a pas de sens mais on en a pour notre argent.

Car Michael Bay aurait pu simplement adopter une posture de sale gosse et juste nous faire un doigt d’honneur de deux heures. Sauf qu’il va préférer laisser cela à un réalisateur comme Uwe Boll et va faire ce qu’il a toujours fait : du cinéma. Car il a beau tout dérégler dans la compréhension de son film, par moment illisible, il n’y a que lui pour nous faire voir des choses qu’on aurait jamais cru voir auparavant. D’accord, Mélanie Laurent était bad-ass dans Inglourious Basterds mais est-ce qu’on pensait la voir un jour dans un niveau de bourrin aussi élevé ? Absolument pas. Les régimes d’images changent sans arrêt, on multiplie les points de vues les plus insensés, le son du logo THX est transformé en arme à faire exploser des vitres. C’est débile, ça n’a pas de sens mais on en a pour notre argent.

On s’en prend plein les yeux et c’est uniquement ce que Bay souhaite. Chercher dans ce film une once d’écriture serait rester à côté de ce spectacle pyromane. De même qu’il est nécessaire de passer outre le message politique, assez puant il faut le dire, de son histoire qui raconte tout de même l’histoire d’américains pétés de thunes organisant un coup d’état dans un pays étranger. 6 Underground est une récréation où la cour de récré est uniquement remplis d’enfants bêtes et méchants. Ryan Reynolds et Mélanie Laurent, stars du film, excellent dans ces rôles et changent leurs images avec auto-dérision.

C'est un film tellement à droite qu'il ferait passer Clint Eastwood pour un militant pro-Sanders mais c'est pas grave ! Bête, crado et pourtant impressionnant, 6 Underground s'impose comme une œuvre colossale dans le cinéma d'action de cette année. Michael Bay signe son film le plus Michael Bay, où mauvais goût , génie et patriotisme ne font plus qu'un.
3.5
Explosif
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