Rose Pourpre du Caire cinema
Rose Pourpre du Caire cinema

22 juin : le retour de GTP au cinéma

Le 22 juin, jour historique pour les inconditionnels de cinéma. Plus de trois mois après la fermeture des salles, confinement oblige, leurs portes se sont réouvertes afin de démarrer la saison estivale en fanfare. À la rédaction de Good Taste Police, la nouvelle était grande. Victor, par exemple, a foncé tête baissé (et visage couvert) vers ces temples qu’il chérit tant. Mais avec toutes les mesures annoncées et une programmation alternative, comment ce retour a pu se dérouler ? Il nous dit tout, dès maintenant.

16h. Au moment de la réouverture, la décision est toujours incertaine. Avec quel film vais-je bien pouvoir inaugurer cette reprise ? Et à quel cinéma, surtout ? Dans une célèbre rue lilloise, deux multiplexes se partagent l’affiche. Deux rassemblements se fabriquent autour du Majestic et de l’UGC Ciné Cité. Un choix doit se faire : ce sera pile la première séance enclenchée à l’UGC. Une projection qui a du chien si on peut dire puisqu’il s’agira du film d’animation sud-coréen, Nous Les Chiens, réalisé par Oh Sung-yoon et Lee Choon-Baek. Un retour dans les salles léger, rassurant quant aux mesures de sécurité sanitaire effectuées par le complexe. On s’asperge de gel hydroalcoolique, on s’arme de notre masque et on s’isole tranquillement (pour cela, rien de compliqué, nous n’étions que quatre dans la salle). On retrouve la joie de voir des bandes-annonces en guise d’avant-séance, les rires se déploient devant celle de Tout simplement noir et on reçoit avec plaisir le son de The Cure pour les premières images du nouveau François Ozon. Quelques pubs passent, un carton pour notre sécurité se présente. Puis, le premier film démarre. Un choix plutôt satisfaisant. À mi-chemin entre le film familial et un drame sud-coréen, Nous les chiens est une fable convaincante sur le sort des chiens abandonnées. Plein d’espoir mais n’oubliant pas une certaine réalité par le biais de séquences particulièrement dramatiques (et pouvant être difficiles pour les bambins), c’est une proposition animée modeste pour les sorties en famille prouvant qu’il existe une alternative aux superproductions de Disney.

Les lumières se rallument, le temps particulièrement chaleureux donne envie de profiter du beau temps avant une séance tardive dans un cinéma d’art-et-essai situé dans un autre quartier de Lille. L’éclectisme repointe le bout de son nez, de l’animation colorée on passe à un drame social allemand particulièrement vénère. Benni, premier long-métrage de Nora Fingscheidt, est un choc. Racontant l’incapacité d’adultes à prendre en charge la colère (extrêmement) forte d’une enfant de 9 ans, ce film ne manque pas d’énergie pour suivre un quotidien chaotique. On se crispe à notre siège devant les nombreuses scènes de crises, on se détend lors d’une thérapie forestière incitant au calme et on sort lessivé de ce drame poignant. Poignant comme la projection du lendemain pour un classique cette fois-ci : Elephant Man de David Lynch.

Ressortie dans une excellente copie 4K par Carlotta Films, le drame universel de David Lynch sur la tolérance est une pure claque. Vu dans une salle pleine (à 50% bien entendu), l’histoire vraie de John Merrick fout en rage devant la monstruosité des humains face à ce qui leur semble différent. La performance de John Hurt en John Merrick, magnifiée par l’humanité qu’il dégage, nous émerveille. On cache nos larmes derrière nos masques et on confirme que l’idée de relancer l’industrie des salles par des classiques est une idée qui fonctionne du tonnerre. Du moment qu’il y ait des films, peu importe leur année de production, il y aura des spectateurs. La séance, le jour suivant, du mythique Pulp Fiction appuie encore une fois cette idée. La plus grande salle de l’UGC Ciné Cité de Lille réservée pour (re)découvrir la Palme d’Or 1994 ; le tout sur des éclats de rire constants face aux péripéties grotesques de Jules et Vincent.

On retrouve cette joie de l’expérience collective, non sans crainte bien entendue (le port non-obligatoire du masque ne veut pas forcément dire qu’il faut l’enlever à chaque séance, on dit ça, on dit rien…). Mais la salle de cinéma a donc permis de savoureuses retrouvailles avec la convivialité, le voyage et le bien-être d’une projection.

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart