Critique ciné : La Planète des Singes – Suprématie, de Matt Reeves

Le 14 mai 2015 sortait Mad Max : Fury Road. Véritable coup de massue dans le petit monde du cinéma, le film de George Miller mettait tout le monde d’accord en moins de deux heures : il y aurait un avant et un après Fury Road. Plus qu’une simple suite, c’était avant tout une vision, celle d’un cinéaste plus que jamais en pleine possession de ses moyens, malgré son grand âge. A cette époque, je considérais le film comme le blockbuster ultime, indépassable, indétrônable, en tout cas pas avant de nombreuses années. Un peu comme Matrix avant lui.

Jusqu’à ce que la conclusion d’une saga vienne mettre son petit grain de sel. Initiée en 2011 par un reboot des plus excitants réalisé par un Rupert Wyatt inspiré, la trilogie de la Planète des Singes s’achève cette année. Si les deux premiers opus faisaient preuve d’efficacité et d’un véritable amour pour la licence, jamais nous n’aurions pu soupçonner ce que mijotait Matt Reeves en secret. Nous n’étions pas prêts.

Le résumé

César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

La critique

Je m’étais dit avant d’entamer cette critique que j’essaierais au maximum d’éviter l’accumulation de superlatifs. Puis au final : « Au diable ces foutues règles ». Vous voulez une intro qui claque ? Soyons fou : la Planète des Singes est aux années 2010 ce que le Seigneur des Anneaux était aux années 2000. Aucune, et je dis bien « aucune », autre trilogie que ces deux-là n’a fait preuve de la même maîtrise de bout en bout. Et surtout, aucune autre saga n’a su élever son jeu de la même manière pour s’achever dans une conclusion aussi parfaite, aussi époustouflante.

Le fait est qu’il n’y a rien à jeter dans Suprématie. Absolument rien. Matt Reeves a littéralement transcendé la notion de blockbuster pour surpasser tout ce qui avait été fait auparavant. Des premières minutes guerrières et aériennes (sublimes plans du champ de bataille) en passant par le road trip vengeur de César et ses comparses jusqu’au final crépusculaire teinté de folie, Suprématie surprend constamment par sa capacité à repousser toujours plus loin les limites du cinéma à gros budget, en offrant au spectateur infiniment plus que ce pour quoi il est venu.

Cela passe avant tout par une écriture sans faille. La minutie de l’écriture impressionne, encore plus pour un film à grand spectacle de 150 millions de dollars. Chaque personnage, chaque réplique, chaque détail, chaque pan de l’univers de la Planète des Singes fait preuve d’un soin tout particulier. Un simple exemple : sans même que ne soit mentionné un lien qui unit deux personnages, une formulation en particulier révèle les similarités qui peuvent exister dans leur parcours. Ce sont ces éléments qui font de Matt Reeves un véritable auteur, et pas juste un faiseur à qui on aurait confié les rênes d’une suite ambitieuse mais sans personnalité. Néanmoins, tout ce travail d’écriture serait vain si un élément en particulier avait été bâclé : César.

Comment dire ? César est LE héros par excellence. C’est aujourd’hui le meilleur personnage que vous pourrez trouver dans une oeuvre cinématographique de cette ampleur. Nuancé, torturé, hypnotique, fascinant, tout l’esprit de la Planète des Singes repose sur lui. C’est sa trilogie après tout. Mais si les précédents opus pouvaient encore laisser cette impression de personnage synthétique particulièrement bien animé (c’est résumé vulgairement, je vous l’accorde), ce n’est plus le cas ici. Par une modélisation stupéfiante, un développement pointilleux et surtout une interprétation tout bonnement incroyable, le roi-singe prend littéralement vie à l’écran. De mémoire, jamais une créature synthétique n’avait paru aussi crédible. Les effets spéciaux se font oublier et il ne reste plus que l’acteur et l’émotion qu’il véhicule. Et bon sang qu’il est chargé en émotion ce film !

Si vous n’êtes toujours pas convaincu, je pourrais brièvement évoquer la mise en scène sublime et pertinente de Reeves ? Ou encore la partition phénoménale de Giacchino ? Le travail d’intégration des effets visuels ? L’intensité du rythme ? L’ambiguïté du méchant ? La photographie somptueuse ? Bad Ape, le comic relief tragique ? La lisibilité de l’action ? L’intérêt des personnages secondaires ? L’absence pure et simple de manichéisme ? La variété des scènes ?

Que puis-je dire de plus que je n’ai pas déjà dit dans cette critique sur la Planète des Singes – Suprématie ? Matt Reeves livre une copie parfaite, tout bêtement. Parfaite dans son approche, parfaite dans ses intentions, parfaite dans son exécution. La montée en puissance est palpable, l’émotion intenable. Et c’est les larmes aux yeux que j’ai quitté la salle, bouleversé par un final dantesque et un dernier plan mémorable. A moins d’un sursaut dans les deux années à venir, nous tenons là le blockbuster définitif des années 2010.

P.S : Donnez plus de taf à Matt Reeves (son Batman devrait envoyer !), ET DONNEZ UN OSCAR A ANDY SERKIS PUTAIN !

Détails

Réalisateur : Matt Reeves

Casting : Andy Serkis, Woody Harrelson, Amiah Miller, Gabriel Chavarria, Steve Zahn, Judy Greer

Distributeur : 20th Century Fox

Date de sortie : 2 août 2017

Budget : 150 millions $

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